Vivre sans souffrance

Quand nous venons au monde, page blanche quasi-immaculée,

Nos yeux d’enfants grands ouverts s’émerveillent

Baignant dans l’unité encore palpable,

Amour et beautés du monde nous enveloppent et nous comblent…

Et puis viennent les premières crispations, nous éprouvons douleur, impuissance, frustration, incompréhension

L’apprentissage de la vie se fait dans la joie et dans la douleur

Tout l’art de grandir en amour et en sagesse

Consiste à devenir plus grand, plus fort que la souffrance

Et la contenir dans notre expérience

Déraciner les causes profondes de la souffrance

L’avidité, la peur, la comparaison, le désir de puissance

Vouloir être quelqu’un à tout prix…

A l’inverse, ouvrir les vannes de la lumière qui vient combler tout manque

Dépasser les douleurs de l’enfance et celles héritées

Inviter la joie limpide et liquide à couler dans nos veines

La chérir et la dorloter comme un joyau chatoyant

C’est à ce prix que nous devenons de vrais êtres vivants

Vivre sans souffrance est possible

Ou pour le moins la réduire

Sans trop de compromission

Sur un chemin d’évolution et de pardon

Où l’amertume n’a pas de place

Où chaque bonheur est pierre d’angle,

Chaque douleur clé de voûte

Fragile et éternelle, magnifiant la lumière

Chaque heureuse rencontre est petite flamme,

Nouvelle couleur à notre vitrail vibrant.

(c) DM décembre 2025

Blanc

Dans la beauté tout s’achève

dans le froid tout se suspend

dans la neige tout est limpide

dans le givre tout est contenu

dans un sourire tout est dit

DM jan 2026

Abandon confiant

La vie est une succession de brèves rencontres et de longs adieux.

Ainsi à chaque instant, si on sait l’accueillir dans toute sa diversité, ses changements, ses incertitudes, elle nous prépare à la mort, l’adieu définitif, l’épreuve ultime, l’abandon confiant à l’inconnu.

Au fond, personne ne sait exactement ce qui nous attend. Il y a les rêves, la foi, les angoisses et le regret, le mystère, et l’espérance : tout l’éventail des émotions et des attentes humaines, projetés sur ce futur qui n’en est point un.

Tout ce que nous cherchons à saisir, et à retenir, de notre vivant – biens matériels, personnes ou pensées, calculs, convictions, choses apprises, expériences, souvenirs, et même idée de soi – a vocation à disparaître. Quelle leçon magistrale que de vivre dans la pleine conscience de ce fait, et de ne rien prendre pour acquis !

Face au grand mystère de la mort, on ne peut que s’abandonner : accepter le fait d’un plongeon dans le néant et que, peut-être, de ce néant, émergera quelque nouveau germe. Ou pas. Dure nécessité que de se défaire ainsi de nos ambitions les plus folles !

Si la matière est vibration, et que la vie est mouvement, alors la seule chose dont nous sommes sûrs, c’est que nous ne serons plus matière que dans le souvenir de ceux qui nous ont aimés : ainsi seront vivantes les principales traces de notre passage.

De même, nous faisons vibrer, par nos rêveries, nos pensées, nos souvenirs, quelques photos et quelques éclats de rire, par nos larmes aussi, le souvenir de ceux que nous avons aimés. Alors ils reprennent vie, quelques instants, dans la matière. Le temps d’une étincelle, aussi fugace qu’éternelle, de ce qu’ils ont été, et qui scintille , comme un éclat de crystal saisissant délicatement la lumière, une présence proche et profonde, minérale, une ardente nécessité de continuer à les faire vivre, à percevoir leur essence, qui continue de s’exprimer à la faveur de nos humeurs, à l’abri de notre cœur, dans les failles temporelles. A rebours, à revers, à contre-courant parfois, ces instants nous saisissent et sont la seule preuve de ce que ces êtres sont encore, quelque part, pour nous, une existence certaine, intouchable et éternelle comme le vent.

Pensée du jour (suite logique et pendant de la précédente)

Nous sommes tous le parasite de quelqu’un d’autre..

Pensée du jour

On a tous un parasite qui nous gratte et avec lequel il nous faut apprendre à vivre.

Courbes

Puisqu’on a jamais fini de guérir ses blessures

et puisque guérir c’est chaque fois un peu mourir à soi

ici comme le ciel passionnément rejoint la terre

et l’enlace

et l’embrasse

il n’y a que ce baiser-là d’important

ce baiser d’un instant

(c) DM automne 2025

D’humeur vagamonde

Vague à l’âme

vague au monde

d’une vague à l’autre

mon esprit erre et vagabonde

d’un monde à l’autre

une vague m’emporte

et un vague sentiment

de m’être trompée de monde

me submerge

Un pressentiment vaguement familier

m’assaille encore

des murs d’ondes liquides

forment une vague frontière

pour atteindre l’autre monde

alors je m’égare

dans les nimbes de l’entre-deux-mondes

et le port d’attache

d’un esprit qui divague

se fond dans l’horizon gluant

englouti

dans les brumes crépusculaires

de mes vagamondages !

(c) texte et photos DM 2025

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C’est à cause de Brahms


A ma mère…


C’est à cause de Brahms qu’il pleut sur mes joues que ce soir les nuages bleu azur et rose ardent me semblent terriblement vivants que je ne sens plus rien que le désir de les rejoindre c’est à cause de Brahms que mes joues sont mouillées que l’espace de quelques lettres le passé redevient présent ce qui a été reprend vie le temps de quelques notes mélodieuses et je vois tout ce que n’ai pu voir les souvenirs et les regrets aussi et pourtant je n’aimais pas Brahms mais c’est à cause de lui que ce soir les rafales de vent me tourmentent et soulèvent la poussière intérieure qui se dépose sur un écran transparent saut entre passé et présent pourtant la vie est toujours rose mais le cœur est flanchant plus de triomphant ni de fringant l’azur tourne au violine et le violon me rend sourde aux éclats miroitants du couchant c’est à cause de Brahms qu’enfin je comprends ce qu’ils ont vécu et cette intensité qui nous a été transmise je les sens si proches enfin mes parents ils sont humains non plus entité abstraite et enfin de cœur à cœur et d’âme à âme je peux leur parler ressentir cet amour c’est à cause de cet andante un poco adagio sublime nuance de tons pastels comme les nuages sonate opus 120 piano violon ou clarinette je préfère le violon à cause de Brahms enfin que j’ai rencontré ma mère c’est à cause de Brahms que tout cela est arrivé et bien d’autres choses encore et les pleurs sont délivrance, enfin

(c) DM août 2025