Abandon confiant

La vie est une succession de brèves rencontres et de longs adieux.

Ainsi à chaque instant, si on sait l’accueillir dans toute sa diversité, ses changements, ses incertitudes, elle nous prépare à la mort, l’adieu définitif, l’épreuve ultime, l’abandon confiant à l’inconnu.

Au fond, personne ne sait exactement ce qui nous attend. Il y a les rêves, la foi, les angoisses et le regret, le mystère, et l’espérance : tout l’éventail des émotions et des attentes humaines, projetés sur ce futur qui n’en est point un.

Tout ce que nous cherchons à saisir, et à retenir, de notre vivant – biens matériels, personnes ou pensées, calculs, convictions, choses apprises, expériences, souvenirs, et même idée de soi – a vocation à disparaître. Quelle leçon magistrale que de vivre dans la pleine conscience de ce fait, et de ne rien prendre pour acquis !

Face au grand mystère de la mort, on ne peut que s’abandonner : accepter le fait d’un plongeon dans le néant et que, peut-être, de ce néant, émergera quelque nouveau germe. Ou pas. Dure nécessité que de se défaire ainsi de nos ambitions les plus folles !

Si la matière est vibration, et que la vie est mouvement, alors la seule chose dont nous sommes sûrs, c’est que nous ne serons plus matière que dans le souvenir de ceux qui nous ont aimés : ainsi seront vivantes les principales traces de notre passage.

De même, nous faisons vibrer, par nos rêveries, nos pensées, nos souvenirs, quelques photos et quelques éclats de rire, par nos larmes aussi, le souvenir de ceux que nous avons aimés. Alors ils reprennent vie, quelques instants, dans la matière. Le temps d’une étincelle, aussi fugace qu’éternelle, de ce qu’ils ont été, et qui scintille , comme un éclat de crystal saisissant délicatement la lumière, une présence proche et profonde, minérale, une ardente nécessité de continuer à les faire vivre, à percevoir leur essence, qui continue de s’exprimer à la faveur de nos humeurs, à l’abri de notre cœur, dans les failles temporelles. A rebours, à revers, à contre-courant parfois, ces instants nous saisissent et sont la seule preuve de ce que ces êtres sont encore, quelque part, pour nous, une existence certaine, intouchable et éternelle comme le vent.

Nouvelle Année

Je vous souhaite…

De la présence et de l’espace

de la musique et du silence

de la passion et de la patience

de l’allégresse et de la tristesse

de l’action et de l’ennui

de la joie, de la léthargie

du soleil et puis de l’ombre

des nuages roses et puis des ciels sombres

de la pluie et puis de la poussière

des orages et de la lumière

de l’amour et de l’indifférence

des projets et du repos

bref, tout ce qui fait la vie…

De la glace et puis un poêle chaud

des renards et puis des oiseaux

des chats, des chiens, des bestiaux

des lionnes, des chacals et des bourricots

persévérance, abandon

abondance, sobriété

partage, solitude

art, intériorité

du cocooning et des voyages

de la poésie et du repassage

du familier et du renouveau

de la grâce… de la résignation

de l’allant… et du renoncement

un peu de ceci, beaucoup de cela

que vous remplirez pour moi

bref, tout ce que la vie nous offre

À accueillir sans réticence

dans un monde chargé d’injonctions

laisser passer les quatre-vents

par les failles de notre armure

par tous les interstices et fissures

les planches disjointes de nos murs

les quatre-vents et leurs bataillons

guerriers harnachés comme pour l’ouragan

vent d’est, guilleret et cinglant

réveil-matin ébouriffant

vent du sud, chaud bouillonnant

gai lutin aux parfums ardents

vent d’ouest, chargé d’aventure

porteur d’horizons lointains

écho de nos rêves les plus fous

bise du nord, glaciale et libératrice

qui nettoie notre ciel mental

Que vous soyez pauvres ou nobles

laissez le monde vous façonner

à l’image de ses transfigurations

soyez rose des sables ciselée aux quatre-vents

rosaces brodées de givre par les cinq éléments

au petit matin cinglant

boussole folle trouvant son repère au firmament

girouette pompette et fière attitude

face au grand souffle moutonnant

soyez tout cela et bien d’autres choses encore

la dune aux contours exquis dessinés par le vent

la vague échevelée qui s’éteint dans un ruissellement

le nuage pourchassé de démons imaginaires

les anges et leurs trompettes alignés

la petite pluie qui sans un mot pénètre la terre

le gargouillis de la source

le crissement des feuilles sous le pied

le cri du renard au soir

l’éclat des constellations

le grésillement des étoiles

l’étoile filante qu’on guette et qui surprend

le pépiement des oiseaux qui s’ébrouent au matin

la primevère qui déjà s’ouvre en décembre

le parfum du lilas et jasmin

l’eau de source dans la bouche

le champs qui ondule sous sa chevelure d’or

soyez tout cela et bien plus encore

Le cœur qui tressaille à la moindre beauté

la lune et ses mille visages

le soleil et ses rayons ardents

la nuit le jour et tout l’univers

la vie qui vient, qui va, qui renaît

Je vous souhaite d’être tout cela…

(c) DM

Bonne et Heureuse Année 2026 !!

Clarté

Dans la confusion du monde

brille une lueur de sainteté

Sois la lumière qui éclaire au-devant

de toi, la prière qui libère au-dedans

Dans le chaos du monde

flotte un parfum de liberté

une bouée de sauvetage

un chant d’été sur le rivage

Dans le tumulte des idées

suis le fil de lucidité

Tranche l’inutile et la saleté

laisse une écume de pureté

Au milieu de l’ombre tapie

chante l’amour célèbre la vie

Avance sans crainte sur ton chemin

guidé par les anges et les saints

Tu n’es pas seul ; prends ma main…

Croque la vie à belles dents

Ecarte-toi des malfaisants

Dans le sillage de tes choix

Trace le sillon de ta voix !

DM (c) texte et dessin

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D’humeur vagamonde

Vague à l’âme

vague au monde

d’une vague à l’autre

mon esprit erre et vagabonde

d’un monde à l’autre

une vague m’emporte

et un vague sentiment

de m’être trompée de monde

me submerge

Un pressentiment vaguement familier

m’assaille encore

des murs d’ondes liquides

forment une vague frontière

pour atteindre l’autre monde

alors je m’égare

dans les nimbes de l’entre-deux-mondes

et le port d’attache

d’un esprit qui divague

se fond dans l’horizon gluant

englouti

dans les brumes crépusculaires

de mes vagamondages !

(c) texte et photos DM 2025

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C’est à cause de Brahms


A ma mère…


C’est à cause de Brahms qu’il pleut sur mes joues que ce soir les nuages bleu azur et rose ardent me semblent terriblement vivants que je ne sens plus rien que le désir de les rejoindre c’est à cause de Brahms que mes joues sont mouillées que l’espace de quelques lettres le passé redevient présent ce qui a été reprend vie le temps de quelques notes mélodieuses et je vois tout ce que n’ai pu voir les souvenirs et les regrets aussi et pourtant je n’aimais pas Brahms mais c’est à cause de lui que ce soir les rafales de vent me tourmentent et soulèvent la poussière intérieure qui se dépose sur un écran transparent saut entre passé et présent pourtant la vie est toujours rose mais le cœur est flanchant plus de triomphant ni de fringant l’azur tourne au violine et le violon me rend sourde aux éclats miroitants du couchant c’est à cause de Brahms qu’enfin je comprends ce qu’ils ont vécu et cette intensité qui nous a été transmise je les sens si proches enfin mes parents ils sont humains non plus entité abstraite et enfin de cœur à cœur et d’âme à âme je peux leur parler ressentir cet amour c’est à cause de cet andante un poco adagio sublime nuance de tons pastels comme les nuages sonate opus 120 piano violon ou clarinette je préfère le violon à cause de Brahms enfin que j’ai rencontré ma mère c’est à cause de Brahms que tout cela est arrivé et bien d’autres choses encore et les pleurs sont délivrance, enfin

(c) DM août 2025

25 décembre

Un jardin dans le Karoo

1–2 minutes

C’est un jardin venteux,

tout orné de fleurs sauvages,

empli de chants d’oiseaux exotiques

Le soleil y est généreux

tombant de biais par la fenêtre ouverte

d’un ciel lesté de nuages de plomb

Le silence seulement percé

par les rafales de vent

arrachant des lambeaux d’écorce au printemps

La nuit, une traînée de pluie et d’air glacial

a fait saigner des sillons de mémoire vive

et les souvenirs se carambolent

Tout n’était-il que danse ?

À quel moment s’est-elle figée,

quand le danseur a-t-il trébuché ?

Un faux pas ébauché,

un grain de sable dans les rouages

le mobile déséquilibré …

Et la vie s’est emballée,

le danseur a perdu de sa superbe

les sanglots ont creusé des rigoles, des fossés

Au fond le bal est si simple

lorsque le danseur est en rythme

toute la scène rentre dans l’ordre

Comme ce jardin frêle et innocent

limpide et si charmant

qu’il en émane l’envie de tout recommencer

On ne se renie plus.

(C) DM, septembre 2024, Afrique du Sud

Passage

Faut-il penser
Quand le jour efface les étoiles,
Qu’entre deux mondes il n’y a rien ?
Et si, dans le moment fugace qui les relie,
Se trouvait la réponse, l’Infini ?
Ne pas se laisser prendre aux griffes du Temps,
Piéger dans la toile de l’Espace ?
Comment raviver les mémoires du passé
Qui s’estompent
Comme les étoiles au matin ?
Mais les étoiles existent toujours
Elles ne sont qu’en attente, en sommeil,
En latence, illusion de mouvement
Elles semblent tourbillonner autour de la terre
Inconscientes de leur propre danse, volcaniques,
Patientes, elles attendent leur moment
L’heure de leur retour en gloire
Dans un ciel éberlué
Qui les accueille sur son drap
Sombre et de velours satiné
Entre ce moment-ci et celui-là
A l’heure où un monde bascule
Il y a une infinité de possibles
Un grand trou béant et immense
Plein de nos espoirs et nos larmes
Il suffit de lever le voile
Et regarder l’instant passer

à Jordan, ami parti

juin 2024

photo Jerome Avonde (fb), Côte de granit rose, mai 2024