Nouvelle Année

Je vous souhaite…

De la présence et de l’espace

de la musique et du silence

de la passion et de la patience

de l’allégresse et de la tristesse

de l’action et de l’ennui

de la joie, de la léthargie

du soleil et puis de l’ombre

des nuages roses et puis des ciels sombres

de la pluie et puis de la poussière

des orages et de la lumière

de l’amour et de l’indifférence

des projets et du repos

bref, tout ce qui fait la vie…

De la glace et puis un poêle chaud

des renards et puis des oiseaux

des chats, des chiens, des bestiaux

des lionnes, des chacals et des bourricots

persévérance, abandon

abondance, sobriété

partage, solitude

art, intériorité

du cocooning et des voyages

de la poésie et du repassage

du familier et du renouveau

de la grâce… de la résignation

de l’allant… et du renoncement

un peu de ceci, beaucoup de cela

que vous remplirez pour moi

bref, tout ce que la vie nous offre

À accueillir sans réticence

dans un monde chargé d’injonctions

laisser passer les quatre-vents

par les failles de notre armure

par tous les interstices et fissures

les planches disjointes de nos murs

les quatre-vents et leurs bataillons

guerriers harnachés comme pour l’ouragan

vent d’est, guilleret et cinglant

réveil-matin ébouriffant

vent du sud, chaud bouillonnant

gai lutin aux parfums ardents

vent d’ouest, chargé d’aventure

porteur d’horizons lointains

écho de nos rêves les plus fous

bise du nord, glaciale et libératrice

qui nettoie notre ciel mental

Que vous soyez pauvres ou nobles

laissez le monde vous façonner

à l’image de ses transfigurations

soyez rose des sables ciselée aux quatre-vents

rosaces brodées de givre par les cinq éléments

au petit matin cinglant

boussole folle trouvant son repère au firmament

girouette pompette et fière attitude

face au grand souffle moutonnant

soyez tout cela et bien d’autres choses encore

la dune aux contours exquis dessinés par le vent

la vague échevelée qui s’éteint dans un ruissellement

le nuage pourchassé de démons imaginaires

les anges et leurs trompettes alignés

la petite pluie qui sans un mot pénètre la terre

le gargouillis de la source

le crissement des feuilles sous le pied

le cri du renard au soir

l’éclat des constellations

le grésillement des étoiles

l’étoile filante qu’on guette et qui surprend

le pépiement des oiseaux qui s’ébrouent au matin

la primevère qui déjà s’ouvre en décembre

le parfum du lilas et jasmin

l’eau de source dans la bouche

le champs qui ondule sous sa chevelure d’or

soyez tout cela et bien plus encore

Le cœur qui tressaille à la moindre beauté

la lune et ses mille visages

le soleil et ses rayons ardents

la nuit le jour et tout l’univers

la vie qui vient, qui va, qui renaît

Je vous souhaite d’être tout cela…

(c) DM

Bonne et Heureuse Année 2026 !!

Alla breve

Le soir descend, lentement

et range les affaires du ciel

en gros paquets haletants

Le vent lisse ses plumes vertes

et caresse les pentes sombres

qui s’abîment, englouties dans l’ombre

L’air humide et froid

se pose contre ma joue, maigre récompense

y dépose un baiser de givre

Le jour luisant de pluie qui a déroulé

ses longs bras incadescents

en profite pour faire sa pirouette

Entre en scène une torpeur languide

hébétante comme un grand vide

où sonne le souvenir d’un air de clarinette

,

25 décembre

Genève évanescente

Sur ces photos Genève

la riche la pompeuse

s’estompe

en quelques traits de lumière furtifs

au hasard des mouvements de mon poing

je me fais un doux plaisir

de la barbouiller

je m’accroche

à ces puits de lumière

sans aucune signification

floutée dans la nuit d’hiver

elle a perdu de sa superbe

le jet d’eau

n’est plus qu’une illusion

Genève n’est plus qu’un enchevêtrement

de courbes, de formes, de lignes et de lumières

évanescentes

plus que géométrie

sans nom, sans sens précis,

sans même un horizon

on devine quelques vies sous la pluie

à peine une émotion

éphémère et futile

dans le chaos du temps

la ville et son lac

ne sont plus que murmures

froissés, distants,

incohérents

Cliquez sur les flèches pour visionner le diaparama :

(c) D. Marie images 2009 texte 2024

Surtout, parmesan à personne !

petit poème gratiné

Ce matin en me réveillant,

j’avais un trou dans le mental

j’ai entendu un brie qui court …

Serait-ce encore ce fichu thème de gruyère ?

J’ai cherché un coin de ciel bleu d’Ecosse

remis dans l’âtre une bûchette de mi-sec

ai lâché un crottin de Sèvres

lissé mon plumage de brebis

me suis remémoré cette soirée vacherin chouette

hier après l’ascension du Mont d’or

où l’on n’a pas comté ses efforts

J’ai tiré la langue à la tâche-qui-rit

sur la table, une poule de mozarelle

m’a pondu quelques olivets

Pour ne pas confronter la cruelle-des-champs

j’ai fui dans la brousse-aux-herbes-de-morse

j’ai couru comme une folle, hé, poisse !

car ici les camemberts sont rudes

– on se caillait la meule des alpes –

bref, j’ai croisé un fort beau roquet

qui chantait un cantal de Bach

comme un boursin mal léché

Par ce froid – un vrai concours de caillotte –

il faisait un reblochon de sa voix

et n’en finissait pas de se raclette la gorge

J’ai prié : soignon-nous bien !

et des livarots-nous du mal

C’était au jour de la saint-nectaire

les cloches sonnaient à toute Vully,

rouges comme les fourmis

qui convergeaient vers Ambert

Pardou ! pour un soufflé dans la corne d’abondance

j’aurais donné mon coeur de chèvre

Voulant lancer un pavé du Larzac (je me marre)

à peine Zeller était-il sorti

que j’avisai un grand gouda au cul mince

et me saisis d’une clé à mimolette –

à défaut d’une volée de chevrotine –

(j’m’en vas te me l’bichonnet çui-là, me dis-je)

pour le réduire en fromage frappé

mais surtout parmesan à personne !

(car malgré le volume de ses tommes

je n’ai jamais aimé ce mormon de Zola)

La suite ne manque pas de piquant

j’ai replongé dans le bouillon

et pour garder la serpette froide

j’ai décidé d’éplucher des savattes

d’y ajouter des champs de pignons sautés

quelques marottes râpées

avec une belle tronche de pain

un filet digne d’Ovide

quelques crins de poivre

une pincée de fiel

et le four est joué !

Voilà de quoi me faire cuire un boeuf

m’en mettre plein la trempe

me régaler d’une triphasée de museaux

je m’en pourlèche déjà les salines

le tout arrosé d’un demi-pitre de cidre

et assaisonné d’une delphine-aigrette !

(c) D.Marie

photo getty images

Petite rubrique de nuit

La nuit souffle fort ce que les hommes pensent tout bas

La nuit désespère de voir jamais le jour

La nuit se répand en mille bruissements,

mille symphonies, milles voix inconnues

La nuit sème le doute et récolte les promesses

La nuit se dit qu’un jour

elle étreindra sa propre incandescence

faisant boire les femmes, les hommes,

au liquide nacré de sa sainte opulence

Elle se consumera, 

traînard attardé qui s’éloigne en dansant,

tirant avec lui les fils du dernier mirage

Elle fermera les yeux ; elle oubliera les cieux

elle oubliera les temps où elle était aux dieux

ce que les dieux sont aux humains


Elle se fera belle comme le jour,

ourlée de luminosité ardente

embrassant la lune et tous ses trésors

Elle ira par les jardins,

pénètrera les failles des murs écorchés,

soupirera dans les creux aux soleils inondés

Par des voies alambiquées, elle se glissera  

partout où veut germer la graine

Elle ouvrira des cœurs

et fermera des comptes

Elle verra dans les yeux de ceux qui la vénèrent

un reflet mordoré

qu’elle n’ira point mendier

Elle se rendra,

elle baissera les armes

et ses bras deviendront

fleuves de sel

et bouquets


La nuit se fera belle et deviendra Jour.

(c) DM

Neige heureuse

 

Il y a une joie secrète à voir arriver la neige

Une joie d’enfance

Une joie de pas feutrés et de soleils timides

Une joie de Noëls en paix

avant la grande Adolescence et ses réveils brutaux

Une joie de petite fille mêlée d’excitation

A voir poindre son nez la saison bien-aimée

Saison des lueurs, des guirlandes et du calfeutrage

Des boules de neige et des gâteaux aux marrons

 

Il y a dans la tranquillité de l’espace blanc une zone de réconfort

Une garantie de survie

Un apaisement des sens

Comme si la couverture ainsi généreusement déployée

Recouvrait tous mes maux et instaurait la trêve

Promesse de renouveau cachée fort à propos

Sous ce voile scintillant

 

Il y a dans le clin d’œil du rayon de soleil

Sur la campagne médusée de silence

Une illumination, éphémère et poignante

Dans l’étonnant jeu de forces au ciel narquois

Trouées bleutées et nuages filant bas

Un radieux message

 

Et dans le soir mulâtre qui s’annonce déjà

Dans les bourrasques dures et dans les yeux des chats

Il y a néanmoins quelque chose d’affable

 

Dans les paquets de neige qui glissent de mon toit

Le désolant goutte à goutte qui marque la fin du froid

Un accord tacite, une pâle consigne

Qui dit que tout est dans l’Ordre des choses

Et qu’il ne tient qu’à nous d’en connaître les Lois.