Page des articles

Saisonnière

Bref ou progressif, tout changement nous surprend

Et notre cœur s’étonne,

Et frissonne

Et questionne le lien qui nous unit à ce qui vient d’être

A ce qui aurait pu être

A ce qui n’a pas vu le jour

Mais qui revient sans cesse nous hanter

Et s’arrache à ce qui semblait immuable

Et regrette et se plaint

Et rechigne à glisser avec le temps

Brume automnale

C’était l’époque où la brume hésite à se glisser dans les futaies

L’époque des petits matins ourlés de blanc et des soirées courtes, éphémères et silencieuses

Chaque brin de lumière volé à la pâleur morose du jour

arrache un cri de gratitude au coeur

encore chaud des brises de l’été 

Lorsque le bleu perce, il éblouit l’esprit

Il emporte le blanc avec lui

Et quand la nuit arrive, de ses voiles argentés

elle éteint tout d’un coup, et le ciel,

et l’envie de vivre ou de rire ou de danser

La brume hésite à se lever

Reviennent nous hanter

certaines mémoires oubliées

Il y a quelque chose de gracile dans ces bras de fée dénudés

dans ces silhouettes pétrifiées

rosies par le linceul étincelant

Quelque chose qui nous ramène à notre propre expérience

de l’intempestif, de la cruauté

d’un monde qui sommeille sans se rendre

Une sonorité creuse sort des troncs emmêlés

où le lierre s’agace à grimper

L’écho se fait ivresse

Dans le froissement des coeurs l’attente se fait chair

Une lueur sonde les profondeurs capitonnées

de nos réflexes ancestraux

Une vitalité inconnue surgit, rassurante, 

de la brume effilochée qui rumine

D’un chuchotement humide, 

la rosée grimpe aux arbres et fourmille

Et la mélancolie s’empare des êtres purs, 

les enlace et les étreint

Ceux qui sans concession cherchent à percer le mystère

voient au-delà de leurs propres yeux

s’éclairer les ombres pâles qui oscillent entre-deux

Un renard glapit

et c’est toute la terre qui chante en ut

l’hymne arbitraire de la vie

tandis que les fantômes s’agitent

La plage, toujours renouvelée

Soir d’été ; avant l’arrivée des grandes transhumances… les journées n’en finissent plus de mourir, l’air est intact, comme au premier jour. Chaque bruit semble filtré par un coussin d’azur si pur… tout est ralenti, heureux, obéissant à la simple loi de la lumière et de l’ombre. Le doré du soleil se pose sur les reliefs comme une caresse, et entame un entêtant déclin.

La mer est presque absente, discrète, en retrait, ondulant d’à peine une ride au bord de ses lèvres gelées. Au loin, quelques jeunes, un vélo, un ballon. Le regard ne sachant qu’embrasser en premier, se rétracte, laisse tomber l’habituelle avidité, cherche à l’intérieur les clés du mystère.

Le sable devient palette d’un peintre, chaque repli enfouit une histoire, un moment de la journée.

L’escalier pourrait descendre vers ce monde inavoué, mais il peut aussi monter. Il symbolise le passage, de la terre à la mer, de la force vers l’abandon, du matériel vers le non-dit, le libre, l’essentiel.

Sur son flanc, le lichen rougeoyant parle de mémoires de tempêtes.

One Day

 

One day, il fera clair, la tempête aura disparu

Tu t’assoiras au bord de la falaise,

les yeux clignant devant la beauté du monde

à laquelle tu auras enfin accès

 

Le cœur battant,

Tu entendras les étoiles filer en toi

Glisser comme une magie bienheureuse

 

Les accès se tairont, les voix se feront douces

En toi seul l’entendement règnera

 

Il y aura des villes, il y aura des promesses

Il y aura des enfants au regard aiguisé

Des sirènes, des montagnes de bricoles

 

Il y aura aussi la foi et la splendeur

Le regard sidéral de l’univers

Ancré en chacun, imaginé et réel

Indissociable de la fraternité

 

Et les glorieux traits de la vie emmêlée

Au chuchotement des cœurs

Guéris, épanouis.

Considérations à la verticale du temps

ou l'aspiration au bonheur
ou la guérison des lignées

Tout autour de nous conspire à être heureux

Il ne suffit que de regarder : Ouvrez les yeux !

Tout dans la création aspire au bonheur

 

La coccinelle qui cherche l’air à tire-d’ailes, la lune qui court après le soleil, le brin d’herbe qui se fraye un chemin à travers les pierres, l’arbre dont les racines soulèvent le goudron, la fleur qui s’extrait du béton; la tomate qui mûrit contre le mur gorgé de soleil; le petit être qui se débat pour vivre; notre cœur et celui de nos confrères humains.

 

Alors, pourquoi persistons-nous dans l’ignorance ?

 

Il est urgent d’attendre… attendre que l’éclosion se fasse, que la graine germe, que l’intention prenne vie et forme. Planter les intentions et attendre, les bonnes graines verront le jour, plus tôt que de prévu. Toujours dans la vie nous voulons tout, tout de suite. Nous pensons que les choses n’arrivent qu’aux hyperactifs, aux hyper volontaires, aux hyper optimistes. En fait, les belles choses prennent le temps de se défroisser. Les belles choses se cachent pour éclore. Les belles choses sont lisses, mystérieuses comme un pistil lorsque la fleur voit le jour pour la première fois, les belles choses se font belles en silence et dans le secret des antichambres du temps : elles ignorent les dimensions spatiales et temporelles, elles se font et se défont selon leur bon vouloir. Les belles choses sont un miracle qui défie l’entendement, une sinécure, une récompense. Les belles choses n’arrivent pas qu’aux autres !

 

L’humain est être animal, végétal et minéral : certaines choses se digèrent vite, immédiatement, d’autres lentement – parfois, sur des générations. Elles prennent des formes inédites, s’adaptent, se déforment pour contourner les obstacles, se reforment pour retrouver leur intégrité.

 

Notre génération a reçu des aïeux le devoir de faire le point, de mettre les choses au clair: lourde tâche que beaucoup d’entre nous ont portée. Ne leur en voulons pas pour cela. Ils se sont portés volontaires pour nous transmettre, dans leurs gènes, le meilleur et le pire. Ils ont vécu la guerre, n’oublions jamais cela; les horreurs d’un vingtième siècle inouï en violence dans une civilisation soit-disant évoluée. L’intérêt financier des trafics de drogues, d’armes ou de matières premières a pris le dessus sur l’évolution des consciences, qui était censée nous protéger de telles répétitions d’horreurs. En fait, les horreurs faites par les humains sur les humains n’ont pas changé, ce qui change c’est uniquement les technologies utilisées.

 

Nous sommes là, non pas pour sauver le monde, mais pour nous sauver; éventuellement, sauver notre famille. Ressusciter l’amour disloqué par les conflits familiaux, les non-dits, les schémas destructeurs ou pervers, les maladies. Redonner un fil rouge à la lignée de nos ancêtres, nettoyer les recoins sombres, mettre en lumière, voir, voir et encore voir, le plus clairement possible. En voyant nous libérons. En voyant nous trouvons un sens à nos souffrances. En voyant nous faisons don de notre générosité, aux générations passées, présentes et futures. En voyant, nous entrons dans le cycle éternel de la fin et du renouveau, sans peurs et sans reproches, nous tissons de nouvelles toiles, de nouveaux sens.

Nous redonnons vie aux fantômes ébouriffés qui jalonnent le chemin familial, nous combattons le mal pour redonner droit de parole au bien. Nous rééquilibrons les forces en présence, nous guérissons, nous ouvrons des portes. Nous arrêtons la malédiction, nous repensons notre venue au monde. Voir libère, et nous, et les autres qui nous entourent, ceux qui nous ont mis au monde, ceux qui sont nés et ceux qui ne sont pas nés de nous.

 

Noces sur le roc

Bretagne; toujours…

Mon corps se souvient, au contact du rocher. De ces belles journées d’été à sautiller dans l’eau froide, de ces longs ciels bleus striés de mouettes claires, de cet espace qui s’ouvre lorsque le reste n’importe plus. Mon corps n’est pas lourd, mais sous le soleil irradiant ce matin il s’enfonce dans la matière de ce rocher comme du beurre retournerait à son état liquide. Une agréable et légère sensation de brûlure effleure ma peau, sitôt soulagée par la brise du nord-ouest qui assouvit tous mes désirs. Mon corps que personne ne touche depuis des semaines fait un avec le roc, trouve dans son contact rugueux et solide un plaisir indicible. Sans mouvement aucun, l’union s’accomplit au rythme de ma respiration, sous la chanson des vagues lointaines.

Mon corps explore ces sensations familières qui ne sont pas nouvelles mais pourtant semblaient oubliées. Il se repose dans le soutien que forme la croûte terrestre sous les blocs de rochers, jetés et plantés au bout de cette plage depuis des temps immuables. Il se projette au plus profond de la terre, dans son cœur explosif et brûlant où toute vie fut engendrée et où bouillonnent encore moultes formes inconnues. Il flotte pour ainsi dire entre ce matelas terrestre, dur mais rassurant, qui lui transmet sa force, et le ciel qui s’étend comme un voile de mariage au-dessus de lui.

Mon corps prie pour ne plus oublier. Il s’étonne de la distance qu’il a laissée se former entre ces simples messages de la nature et lui. Son écoute avec les ans s’est émoussée, il est devenu sourd aux subtiles mélopées que murmurent le vent, le sable, la mer, le roc. Même les mouettes dans leur danse erratique semblent lui reprocher sa folie. Et pourtant il sait que ces messages sont ancrés en lui, et qu’il lui suffirait d’un peu de pratique, d’un peu d’écoute pour faire renaître ce sourd désir qui affleure maintenant en tension amoureuse. Mon corps honnit ces expériences sépatrices de l’enfance qui n’ont laissé que des marques de désaffection, des idées de rupture, des isolements, des négations, des coupures d’avec le monde et son immense cœur qui palpite.

Contrastes

Mercredi, veille de l’Ascension

 

17h – 438 kilomètres de bouchons

Le Rhône avale des giclées de soleil

Des milliers de parisiens font les Bidochons

Rouge sang la pivoine règne au jardin

 

18h – 499 kilomètres de bouchons

L’air du soir compose, la trêve s’impose

Soupir ; et un regard perdu vers les roses

Avant que la chaleur n’empâte leur éclat

 

19h – L’A6 implose, la campagne se repose

Le téléphone sonne et l’Europe débloque

Les lilas ont cédé la vedette à la glycine

Pâle, celle-ci néanmoins affiche

Une fière giboulée de clochettes sibyllines

 

20h – Gares surchauffées, aéroports survoltés

La maison respire et se gorge des fées

Lâchées par le jour qui tombe au ras des prés

Le chat l’intrus se glisse, discret

La chatte est déjà passée

 

21h – Manchester pleure

Une adolescente a incendié sa sœur

Les grands voyageurs atteignent, en sueur

Quelque havre, pour quelques heures…

Des pétales de rose au couchant

 

22h – La folie du monde se tapit, attendant sa revanche

Les anciens se souviennent

Leur regard transperce le temps

Du fond d’une photo qui livre son secret

L’aloé fléchit dans le vent

 

23h – Le ciel étincelle

La colline noire, inflexible aux accents des bourrasques

Souligne d’un trait immuable

Ce que n’ose dire

Le grand dragon ailé

Qui gît dans la vallée.

 

Minuit – La nuit s’est glissée

Dans les interstices

Des vieux murs étoilés

Tandis que se délient les cœurs et les oreilles

Le corps incertain se rebelle

 

Le ciel s’est paré de grandes traînées laiteuses

Voile de mariée enveloppant la terre

Un miaulement familier devient mystère

 

1h – Veillent encore les cœurs inquiets

La hulotte aux aguets

Ceux pour qui le chant du soir est un songe creux

Ceux qui chuintent des larmes de feu

Le lynx élusif et le renard fêtard

 

Comme un point de beauté,

Vénus au firmament descend…

 

(mai 2017, hommage à Nino Ferrer….et clin d’œil à Reiser !)

Étreins

Étreins le pas qui hypnotise

La gelée blanche qui réjouit

Étreins le glas libérateur

Qui ne s’embarrasse pas de tes cris

 

Étreins sans chercher le sommeil

La lune ridée qui te défie

Étreins la vague qui se flétrit,

Le stylo qui peine à mentir

 

Étreins sans chercher à saisir

Délicate précision

Les sourires sans lendemain

Les peines et les joies à venir

 

Étreins pour ne rien dire

Pour ne pas perdre la raison

 

Étreins sans mots la joie sauvage

Qui parcourt ton corps frissonnant

Dans l’aube frêle, un rivage

Se dessine, assourdissant

 

Dans un entêtement féroce

Étreins encore le chant des cœurs

Quand au fond des yeux des proches

Se meut, sans voix, la trahison

 

Étreins, mais lâche le morceau

Ainsi veut la Fée Carabosse

Qui dégaina ses vœux fantoches

Dans un cocktail ruisselant

 

De rires, de fantômes et de cloches

Palpables comme au premier temps

Dans l’univers tourbillonnant

Étreins pour ne pas haïr

 

Étreins le front aux reflets suaves

Qui te conjure et te salit

 

Étreins, mais ne regrette rien

Il n’est pas dit que les étoiles

Ne brillent que pour ceux qui les voient.

 

(janvier 2017)