PS (voyage en Inde) ConsidĂ©rations sur Dieu, l’univers, l’homme

4–6 minutes

Le monde est fait d’opposĂ©s : le bien et le mal, l’harmonie et la violence, l’oiseau qui chante et le vrombissement de l’autoroute qui assomme. ApprĂ©hender la dualitĂ© du monde phĂ©nomĂ©nal [voir l’article 2/3 sur la non-dualitĂ©] est une Ă©vidence : l’accepter tel qu’il est c’est comprendre qu’il n’y a d’unitĂ© et de perfection que dans la Source. Et que toutes ces manifestations Ă©manent du mĂȘme Amour.

La vision du monde cosmogonique hindoue, avec ses grands cycles d’expansion, de stagnation et de rĂ©traction de l’univers (manvantara), rejoint au fond les thĂ©ories d’astro-physique sur le Big Bang, l’expansion de l’univers et dit-on maintenant, sa possible rĂ©traction… L’univers respire comme nous respirons Ă  son image : inspir, force d’expansion, de crĂ©ation, de vie, enthousiasme, ouverture ; rĂ©tention poumons pleins, plĂ©nitude, stagnation, silence, zĂ©nith ; expir, lĂącher-prise, acceptation de la mort, dissolution, abandon ; rĂ©tention poumons vides : attente, vide, Ă©ternitĂ©, germe.

Ainsi la source de l’univers correspondrait-elle Ă  la Conscience ? Et l’Ă©loignement de la Source (kali yuga) ou moment maximal de l’expansion correspondrait alors Ă  l’Ă©loignement de Dieu que nous vivons actuellement (avec des frĂ©quences vibratoires ralenties et de plus en plus basses) : la banalisation de la matĂ©rialitĂ© au dĂ©triment de la Conscience et l’Ă©loignement du sacrĂ©. La Source serait donc Conscience (Ă  l’origine) et la matiĂšre serait Énergie. Dieu serait-il alors le trou noir Ă  l’origine de la crĂ©ation ? Ou, en d’autres termes, serait-il la lumiĂšre hyper-compressĂ©e qui jaillit de ce trou noir ?

Notre travail, selon les traditions spirituelles, est de prendre conscience de cette lumiĂšre et de chercher Ă  retourner Ă  sa source (voir Yogananda dans l’article 2/3, la vie sur terre n’est qu’un film projetĂ© sur un Ă©cran, il n’existe qu’un but : rejoindre la source lumineuse…) ; avoir la foi qu’ultimement on y retourne (peut-ĂȘtre les aurores borĂ©ales, entrevues un peu partout dans le monde rĂ©cemment, sont-elles venues nous rappeler qu’Ă  l’origine, tout est lumiĂšre… et qu’il y a une source de lumiĂšre, au-delĂ  de nos ampoules Ă©lectriques…) Et c’est enfin de rechercher activement le reflet de cette source en nous, et le sentiment d’union que cette lumiĂšre projette en nous : ce sentiment que nous avions Ă  l’origine et dont il nous reste quelques rĂ©miniscences, dans les moments heureux oĂč nous nous sentons rĂ©-unis, tandis que dans les moments malheureux nous nous sentons morcelĂ©s, fragmentĂ©s, dĂ©conscientisĂ©s.

Finalement la thĂ©orie de la Conscience unifiĂ©e d’oĂč Ă©mane tout le vivant rejoint celle du Big Bang : nous serions tous des parcelles de cette Conscience, dissĂ©minĂ©es dans un univers, par son expansion devenu spatial et qui, en instituant l’Espace, a aussi créé le Temps.

Aujourd’hui le dieu wifi, omniprĂ©sent, a remplacĂ© le sens du sacrĂ©… il est essentiel de se souvenir de la source et se maintenir dans des Ă©nergies vibratoires Ă©levĂ©es. C’est prĂ©cisĂ©ment ce que permet la dĂ©votion, ou la priĂšre (voir article 3/3).

« CrĂ©ez une Ă©glise en vous-mĂȘme ! «  disait Ă  ses Ă©lĂšves Yogananda, le premier gourou indien Ă  avoir eu un impact profond sur la bonne sociĂ©tĂ© bien-pensante californienne. Par des techniques de respiration et de purification (kriyas), par la mĂ©ditation et la reprogrammation du cerveau (neuroplasticitĂ©), il leur enseignait comment Ă©tablir et entretenir, loin des temples et des Ă©glises, une relation personnelle avec Dieu.

Par la priĂšre, ou la connection au sacrĂ©, au mystĂšre (voir l’Ă©pilogue de l’article 2/3) Dieu au lieu d’ĂȘtre une figure extĂ©rieure, qui juge ou qui accorde ses grĂąces, est ancrĂ© en moi, dans la matiĂšre et dans l’immatĂ©riel, dans mon cƓur, ma colonne vertĂ©brale, ma tĂȘte. Dieu, ou le pressentiment de l’Ă©ternel, devient par la priĂšre silencieuse, une maniĂšre d’ĂȘtre au monde, libre, aimante.

« MĂȘme si je me plains un peu, disait son cƓur, c’est seulement que je suis un cƓur d’homme, et les cƓurs des hommes sont ainsi. Ils ont peur de rĂ©aliser leurs plus grands rĂȘves, parce qu’ils croient ne pas mĂ©riter d’y arriver, ou ne pas pouvoir y parvenir. Nous, les cƓurs, mourons de peur Ă  la seule pensĂ©e d’amours enfuies Ă  jamais, d’instants qui auraient pu ĂȘtre merveilleux et qui ne l’ont pas Ă©tĂ©, de trĂ©sors qui auraient pu ĂȘtre dĂ©couverts et qui sont restĂ©s pour toujours enfouis dans le sable. Car, quand cela se produit, nous souffrons terriblement, pour finir. (…)

– Mon cƓur craint de souffrir, dit le jeune homme Ă  l’Alchimiste, une nuit qu’ils regardaient le ciel sans lune.

– Dis-lui que la crainte de la souffrance est pire que la souffrance elle-mĂȘme. Et qu’aucun cƓur n’a jamais souffert alors qu’il Ă©tait Ă  la poursuite de ses rĂȘves, parce que chaque instant de quĂȘte est un instant de rencontre avec Dieu et avec l’ÉternitĂ©.

Alors, son coeur demeura en paix tout un aprĂšs-midi durant. Et cette nuit-lĂ  il dormit calmement. Lorsqu’il s’Ă©veilla, son cƓur commença Ă  lui raconter des choses de l’Âme du Monde. Il dit que tout homme heureux Ă©tait un homme qui portait Dieu en lui. Et que le bonheur pouvait ĂȘtre trouvĂ© dans un simple grain de sable du dĂ©sert, comme l’avait dit l’Alchimiste. Parce qu’un grain de sable est un instant de la CrĂ©ation, et que l’Univers a mis des millions et des millions d’annĂ©es Ă  le crĂ©er. (…)

Le jeune homme, de ce jour, entendit son cƓur. Il lui demanda de ne jamais l’abandonner. Il lui demanda de se serrer dans sa poitrine lorsqu’il serait loin de ses rĂȘves, et de lui donner le signal d’alarme. Et il jura que, chaque fois qu’il entendrait ce signal, il y prendrait garde. »

(Paulo Coelho, l’Alchimiste)

texte (sauf la citation) (c) D. Marie, 2024

photo DM

3/3 La dĂ©votion, art de l’Inde

(La Voie du Silence, Yogin du Christ, Dom Jean Déchanet)

DĂ©jĂ  en 1956 apparaissait-il Ă©vident Ă  ce moine bĂ©nĂ©dictin intĂ©ressĂ© par les voies du yoga, Ă  quel point l’homme occidental s’Ă©loignait de l’expĂ©rience religieuse, de la vie mystique : « Dieu paraĂźt devenu lointain. S’est-il Ă©loignĂ© des hommes, ou les hommes se prĂȘtent-ils moins Ă  ses approches et Ă  ses visites? » Pour lui, qui s’interrogeait sur un Ă©ventuel yoga chrĂ©tien, l’Orient pouvait nous apprendre Ă  retrouver le chemin de Dieu, par les techniques de maĂźtrise des pensĂ©es et du psychisme, et l’Ă©tablissement dans une paix profonde et durable. Encore fallait-il que le hatha yoga soit connu sous sa vĂ©ritable forme, c’est Ă  dire non pas rĂ©duit Ă  de simples exercices de gymnastique et « dĂ©tournĂ© de sa fin premiĂšre, religieuse, spirituelle », mais bien « un yoga qui ouvre largement sur Dieu ».

La tĂȘte ou le cƓur ?

La complĂ©tude et l’infini du sacrĂ© ne peuvent pas ĂȘtre perçus par la pensĂ©e ; c’est l’expĂ©rience seule du cƓur qui peut permettre d’apprĂ©hender, par petites bribes (ou en grosses bouchĂ©es !), cette rĂ©alitĂ©, pour qu’elle devienne de plus en plus prĂ©gnante et finisse pas prendre chair dans notre vie.

Chandra Swami, le grand sage Udasin, parle de la rĂ©flexion mĂ©taphysique (sur la nature de ce monde, la matiĂšre, la vie et le mental, l’Ăąme et l’Esprit, Dieu, l’homme et le monde…) comme une pratique utile pour avancer sur la voie spirituelle. NĂ©anmoins, elle est moins importante que l’expĂ©rience directe du sacrĂ©, dans le cƓur : « il est Ă©vident que Dieu ne peut devenir la proie de l’intellect, aussi brillant et pĂ©nĂ©trant soit-il. Toutes les Écritures rĂ©vĂ©lĂ©es et tous les MaĂźtres spirituels dĂ©clarent d’une voix unanime que Dieu ne peut ĂȘtre vu ni par les sens ni par le mental… »

C’est bien ce que signifient les Upanishads lorsqu’elles stipulent que Brahman est Cela qui ne peut ĂȘtre exprimĂ© par la parole, compris par le mental, ni vu par les yeux ou entendu par l’oreille, ni encore mĂ» par le prana (force vitale).

Comme le vĂ©ritable objectif n’est pas de connaĂźtre des concepts thĂ©ologiques sur Dieu, mais bien de Le connaĂźtre par l’expĂ©rience directe, Chandra Swami ajoute que pour l’accomplissement spirituel, on doit pratiquer la dĂ©votion, la contemplation et le service dĂ©sintĂ©ressĂ© : c’est Ă  dire, faire un usage optimal de toutes ses Ă©nergies, Ă  savoir l’Ă©nergie de la connaissance (jñana shakti), l’Ă©nergie des Ă©motions et des sentiments (bhava shakti) et l’Ă©nergie de l’action (kriya shakti).

Lien entre dévotion et service désintéressé

L’Inde est connue pour ses dĂ©vots; non seulement la dĂ©votion des ermites, des grands chercheurs d’absolu et des moines est exemplaire, mais aussi celle de l’Indien moyen, qui vit et travaille et a une famille dans le monde ordinaire, et passe ses vacances en pĂšlerinage dans les lieux saints.

Dans nos sociĂ©tĂ©s occidentales, qui sont Ă  l’origine du mondialisme matĂ©rialiste qui fait le malheur du monde, on a tendance Ă  trouver cela un peu risible – Ă  part quelques chrĂ©tiens justement appelĂ©s dĂ©vots, que l’on affuble de l’Ă©tiquette « traditionalistes » et qui sont souvent montrĂ©s du doigt comme rĂ©actionnaires.

Or, la mĂȘme sociĂ©tĂ© bien-pensante qui se targue d’ĂȘtre l’icĂŽne du progrĂšs, qui prĂŽne la tolĂ©rance, l’ouverture aux autres, l’Ă©galitarisme et le partage, ne s’aperçoit pas que ses valeurs-lĂ  sont le mieux dĂ©fendues, non pas dans les apparences par de beaux discours, des rĂ©glementations et des structures, mais au niveau de chaque ĂȘtre par l’aptitude du cƓur, recueilli et humble, Ă  donner le meilleur de soi-mĂȘme au service dĂ©sintĂ©ressĂ© des autres ou de la sociĂ©tĂ©. C’est de lĂ , et de lĂ  seulement, que peut partir le vrai changement.

La dévotion au quotidien

Les Indiens m’ont appris la dĂ©votion. Je suis abasourdie de leur capacitĂ© Ă  se mettre Ă  genoux devant une figure, une statue, voire mĂȘme la photo ou le simple souvenir de quelqu’un qu’ils rĂ©vĂšrent. Leur capacitĂ© Ă  se dĂ©faire de tout orgueil ou fiertĂ©, de toute haute image de soi que la sociĂ©tĂ© de consommation cultive et encourage tant (le culte du corps, la projection Ă©gotique sur les rĂ©seaux sociaux…), et Ă  s’incliner devant plus grand que soi, devant le MystĂšre, leur confĂšre sans doute une grande force et un grand avantage sur nous.

L’humilitĂ© est Ă  la base de la dĂ©votion : on reconnaĂźt que l’on est tout petit devant les splendeurs du monde et l’on s’incline devant son CrĂ©ateur. Encore faut-il croire en l’existence d’un CrĂ©ateur.

Le Seigneur prend refuge dans notre cƓur et par le cƓur, nous sommes en Lui. Nous pouvons Lui demander de l’aide pour qu’il nous accorde sa grĂące, Kripa, pour demeurer constamment en sa prĂ©sence, par la prĂ©sence du cƓur. Ce n’est pas une image ou un concept. Habiter son cƓur apporte une plĂ©nitude, c’est remplir le vide d’une vibration particuliĂšre que le mental ne sait pas provoquer. Cela libĂšre de tous les soucis et ramĂšne dans le fameux ici et maintenant.

Baser toutes nos pensĂ©es, nos actions, nos rĂ©flexions dans le cƓur est un rĂ©flexe que nous avons peu. C’est trĂšs difficile de s’y maintenir car tout nous appelle dans la tĂȘte : l’agitation du monde, le besoin de survie et d’accomplissement, les tentations matĂ©rielles et l’illusion d’un bonheur fugace, les principes, les rĂšgles, la cĂ©rĂ©bralisation, la mentalisation des choses, les toujours faire, les toujours plus

Cela demande d’ĂȘtre vigilant et prendre constamment du recul, se repositionner en conscience dans le cƓur. Pourtant, c’est une discipline non seulement payante – car elle apporte le seul refuge absolument sĂ»r – mais impĂ©rative pour survivre dans notre monde de fous : sinon le dĂ©sespoir ou le stress, le burn-out nous guettent. Dans le cƓur il n’y pas de risque, tout est prĂ©servĂ©.

Le cƓur est le seul refuge et le juge impartial et Ă©quanime. C’est par le modĂšle des Indiens, Ă  force de les cĂŽtoyer, d’Ă©tudier le yoga et la philosophie vĂ©dantique, et de m’intĂ©resser Ă  la vie des grands sages et saints de l’Inde et d’Occident, et aussi par le modĂšle de quelques ĂȘtres proches, que je me suis rendue compte que c’est la seule maniĂšre de vivre. Ces figures saintes et sages, mĂȘme si elles ne sont plus lĂ , nous montrent le chemin, sont nos repĂšres.

Prendre ancrage fermement dans le cƓur offre un feu d’artifice de chaque instant; la vie devient joyeuse et lĂ©gĂšre. Certes, cela peut, sans doute, rĂ©duire nos Ă©lans vers le champ des possibles et les multiples potentialitĂ©s de notre vie (qui de toutes façons nous donneraient le tournis) – car l’Ă©lan vers quelque chose d’autre provient souvent de l’insatisfaction, et un cƓur satisfait ne cherche plus ailleurs. En revanche cela ouvre un vaste espace intĂ©rieur de reliance au sacrĂ© qui nourrit, qui rassure, qui est Ă  la fois pĂšre et mĂšre et ange gardien, et crĂ©e une aura de protection autour de nous.

D’autres perspectives de vie se profilent, d’une autre nature, et en suivant ces pistes, nous nous sentons des ailes, tout devient facile, tout semble se faire de soi-mĂȘme. Cela nous permet d’ĂȘtre vraiment incarnĂ© et vibrer d’une qualitĂ© de prĂ©sence qui va rayonner autour de nous et nous protĂ©ger de tout ce qui est toxique ou nocif, car c’est une vibration d’amour qui ne laisse entrer que ce qui est Amour.

C’est en cela sans doute que la voie du NidrĂą yoga dans la tradition shivaĂŻte du Cachemire est surnommĂ©e parfois voie du ressenti, car ce qui se transmet dans l’enseignement ce ne sont pas tant des connaissances que l’approche et l’accueil de cette vibration d’amour inconditionnel.

Par les images des grands saints, par la visualisation de scĂšnes sacrĂ©es, par la rĂ©flexion sur les textes de sagesse et la dĂ©votion au Seigneur, et surtout avec l’affermissement de la confiance et de la foi, on peut ressentir cet amour dans le cƓur, qui vibrillonne. Les saints, les maĂźtres, les guides spirituels, les anges gardiens, peuvent aussi faire une apparition dans notre tĂȘte et nous guider sous forme d’une inspiration, d’une dĂ©cision intuitive, d’une clartĂ©. Cela va automatiquement nous mettre au service de cet Amour et guider notre vie diffĂ©remment.

texte et photos (c) D. Marie, 2024

photo de couverture : Bretagne, feu d’artifice

photo du milieu : Saddhu, Rishikesh

L’Approche du Divin, Chandra Swami : https://www.sadhanakendra.org/L’Approche%20du%20Divin.pdf

Profonde gratitude à André Riehl et aux lignées des grands maßtres qui me guident à travers lui: Chandra Swamiji, Baba Buhman Shah, Udasinacharya pour les Udasin et aussi la lignée des Naths, pour leurs enseignements lumineux, transformateurs, libérateurs.

Je surfe encore sur les impressions indĂ©lĂ©biles que ce voyage Aux Sources du Yoga a laissĂ©es en moi…. un grand merci Ă  tous les participants du groupe et Ă  l’univers pour cette expĂ©rience initiatique, un approfondissement bienvenu pour moi de l’aspect dĂ©votionnel du chemin spirituel, inscrit dans le cƓur, s’exprimant Ă  partir du cƓur.

2/3 La non-dualitĂ©, secret des sages

Au cours de ce voyage, nous avons approfondi divers aspects de l’enseignement de la non-dualitĂ© (AdvaĂŻta Vedanta), en partant sur les traces de ces grands mystiques hindous, soufis, chrĂ©tiens ou d’autres origines qui l’ont pleinement rĂ©alisĂ©e. Je ne prĂ©tends pas ici reflĂ©ter avec justesse l’ensemble de l’enseignement de la non-dualitĂ©, mais plutĂŽt juste livrer les bribes de ma comprĂ©hension de cette antique philosophie qui induit une nouvelle approche de la vie, avec laquelle je vis depuis dix ans, en parallĂšle de trente annĂ©es de pratique de hatha yoga et de mĂ©ditation.

La non-dualitĂ© est une tradition issue des Vedanta (Ă©cole de mĂ©taphysique indienne s’appuyant sur les grands textes sacrĂ©s : Upanishads, Veda, Bhagavad Gita…) qui tente de faire percevoir Ă  l’individu que le moi n’est pas diffĂ©rent ou sĂ©parĂ© du monde. Le moi sur lequel nous mettons tant l’accent pour nous dĂ©finir, est en tout point semblable aux autres : c’est un agrĂ©gat de formes, de pensĂ©es, de mĂ©moires, de sentiments et d’actions qui sont semblables dans leur nature Ă  ceux des autres. Ce sont des manifestations transitoires de notre Ă©tat d’ĂȘtre vivant, durant notre passage sur terre. Voir cela libĂšre de notre orgueil d’ĂȘtre « diffĂ©rent ».

Cette doctrine enseigne aussi que le « Je » de « Je suis », le Je qui est Conscience, est semblable Ă  Cela qui est immuable, qui est inchangĂ©, et qui demeure au-delĂ  du temps et de l’espace, avant la naissance et aprĂšs la mort du corps. Le « Je » est une trace, un reflet de l’Absolu en nous.

La non-dualitĂ© repose sur l’Ă©quation entre atman (l’Ăąme individuelle) qui est identique par sa nature au brahman, l’Ăąme universelle ou la source. En d’autres termes, le Soi (le grand Soi ou la Conscience, pas le petit moi) n’est pas diffĂ©rent de l’Absolu, il est l’Absolu.

Ce nouveau regard permet de diminuer ou rĂ©sorber le sentiment de sĂ©paration, donc les causes de souffrance ; tandis qu’entretenir voire renforcer l’illusion de la dualitĂ© font perdurer la sĂ©paration et la souffrance.

Quand l’ĂȘtre humain entretient-il ou fabrique-t-il de la dualitĂ© ?

L’ĂȘtre humain (qui aux origines Ă©tait reliĂ© Ă  brahman et conscient de sa nature illimitĂ©e) se prend au piĂšge du mental et, dans la confusion ainsi crĂ©e, s’identifie (identifie le « je ») au corps physique et au mental.

Le mental est un outil qui permet d’apprĂ©hender le monde ; en rĂ©ponse aux stimuli des organes sensoriels, il produit des modifications de l’esprit que l’on appelle vrittis (littĂ©ralement, vagues). Ces « vagues » apparaissent sous des formes diverses : pensĂ©es, raisonnement, concepts, imagination, dĂ©cisions, Ă©motions, sentiments, questions, comparaisons, souvenirs…

Pour apaiser son trouble, le mental va rechercher la paix dans la mauvaise direction, dans les objets du monde phĂ©nomĂ©nal : il recherche l’illimitĂ© dans le limitĂ©…

La dualitĂ© naĂźt de l’identification du « petit moi » intĂ©rieur nourri par la pensĂ©e divisante et les conflits (autrement dit l’ego, celui qui voit tout par rapport Ă  lui-mĂȘme) Ă  ces « vagues » ; le « moi-je » (ahamkara) qui s’identifie Ă  l’expĂ©rience intĂ©rieure ainsi qu’Ă  certaines manifestations extĂ©rieures qu’il croit constituer son « identitĂ© » : la matiĂšre corporelle, les pensĂ©es, le statut social, la position dans la famille ou dans la sociĂ©tĂ©, la profession, la nationalitĂ©, la religion…

Toutes ces classifications sociales, Ă©conomiques, religieuses, nous divisent en tant qu’ĂȘtres humains, au lieu de nous relier.

Le « religere » de religion Ă©tait censĂ© nous relier : mais en fait, comme le montre le grand philosophe hindou Jiddu Krishnamurti, les religions figĂ©es en dogmes et Ă©rigĂ©es en VĂ©ritĂ© absolue divisent et sĂ©parent en voulant s’imposer chacune comme la seule Voie possible…

En outre, l’ĂȘtre humain continue Ă  crĂ©er de la dualitĂ© (donc, une hiĂ©rarchie, donc, du conflit) lorsqu’il observe les faits du monde (actions, pensĂ©es, ses paroles et celles des autres) et qu’il les juge ou les discrimine, les dĂ©sire ou les rejette : celle-lĂ , bonne, celle-lĂ  pas bonne, ça j’accepte, ça je rejette…

Également, lorsqu’il se sent diffĂ©rent, meilleur ou supĂ©rieur, ou infĂ©rieur, et se compare aux autres ĂȘtres humains, ou qu’il cherche Ă  affirmer sa diffĂ©rence, son unicitĂ©, sa particularitĂ©, imprimer sa marque, son pouvoir, sa domination.

Les humains agissent tous selon les mĂȘmes schĂ©mas, rĂ©agissent aux mĂȘmes affects; insister sur le « je suis moi, diffĂ©rent de l’autre » a produit des croyances qui ont donnĂ© le monde conflictuel tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Le mouvement de la crĂ©ation, qui aurait commencĂ© il y a 13,8 milliards d’annĂ©es, implique de minuscules particules qui composent l’univers et composent aussi la matiĂšre corporelle (Ă  4%), flottant dans un vide sidĂ©ral. Ces particules sont les mĂȘmes depuis la crĂ©ation de l’univers, et toute la matiĂšre du Vivant en est constituĂ©e.

Nous avons aussi des mĂ©moires communes, patrimoine gĂ©nĂ©tique commun Ă  toute l’humanitĂ©, et des mĂ©moires diffĂ©renciĂ©es mais qui dans leur nature se rejoignent : mĂ©moires familiales, mĂ©moires personnelles… mais lĂ  encore si nous les prenons pour constitutives de notre identitĂ©, elles ne peuvent que causer des conflits, car chacun sur la base de ses mĂ©moires particuliĂšres cherchera Ă  imposer son point de vue, sa maniĂšre de faire, etc.

Tout ce qui bouge, tout ce qui est changeant est jagrat : le monde extĂ©rieur et intĂ©rieur. Tout le mouvement du monde c’est maya : la valse illusoire, transitoire, qui peut produire la croyance que « je suis diffĂ©rent des autres ».

A l’inverse, l’ĂȘtre humain efface, ou rĂ©duit la dualitĂ©, lorsqu’il contemple et englobe tout sans discriminer, lorsqu’il aime inconditionnellement, est joyeux sans raison, se rĂ©jouit de la beautĂ© et du bien, pour soi et pour les autres, respecte ses amis comme ses ennemis – tout ceci Ă©tant Ă  la fois cause et consĂ©quence d’un Ă©tat de paix profonde.

Lorsqu’il contemple la rĂ©alitĂ© de notre mĂȘme nature, il n’a plus rien Ă  faire pour se relier aux autres, car il voit que nous sommes tous en rĂ©alitĂ© le lien. La nature du lien, c’est le tĂ©moin en nous qui observe.

Le yoga (de yug, union en sanskrit) rappelle et cĂ©lĂ©bre cette reliance de tout le vivant, le liant qui donne sa saveur Ă  la vie : la vĂ©ritĂ© se manifeste Ă  la fois dans ses formes multiples et changeantes, Ă©phĂ©mĂšres, et Ă  la fois dans le mouvement atemporel et permanent qui les sous-tend. L’observation silencieuse de ces processus crĂ©e une profondeur, une nouvelle dimension qui permet de se dĂ©tacher de l’objet de l’expĂ©rience et dĂ©gage un espace de libertĂ© intĂ©rieure.

Par la réflexion, les pratiques spirituelles et la méditation, nous devenons la conscience-témoin qui voit ceci : tout ce qui est, est Conscience.

Comment échapper à la dualité ?

La dualitĂ© naĂźt de la fabrication du mental d’une identitĂ© illusoire Ă  partir de tous les Ă©lĂ©ments extĂ©rieurs que nous venons de discuter. Par consĂ©quent, Ă  partir du moment oĂč l’on constate ce processus et oĂč l’on commence Ă  purifier le mental de toutes ces fabrications, on enlĂšve les « pelures d’oignon » qui recouvrent le vĂ©ritable trĂ©sor, le cƓur fondant de l’humain, la conscience que je suis une facette du Vivant : et donc, l’autre aussi l’est.

Et lĂ  je commence Ă  me reconnaĂźtre en l’autre, et l’autre, peut-ĂȘtre, se reconnaĂźt en moi…

La solution proposĂ©e par les voies non-duelles consiste Ă  voir clairement cette rĂ©alitĂ©, Ă  s’Ă©lever au-dessus de toute identification Ă  des Ă©tiquettes ou des classifications ; se dĂ©gager du rĂ©flexe d’appropriation des expĂ©riences, des choses, des gens et des ressentis ; nettoyer les mĂ©moires, individuelles et collectives – ce qui ne veut pas dire perdre les souvenirs de sa vie, mais se dĂ©faire de l’emprise qu’ils ont sur nous, sous forme d’automatismes, de schĂ©mas de pensĂ©e, de rĂ©action, d’idĂ©es prĂ©conçues, bref tout ce qui nous dĂ©termine au lieu de nous libĂ©rer ; ne plus participer Ă  la folie du monde créée par les conflits d’ego.

C’est donner moins de place au petit moi Ă©gotique et Ă©triquĂ© et faire place au Soi, celui en nous qui est illimitĂ© ; c’est devenir Un avec la Paix, la Joie, l’Amour.

C’est le but du Yoga vĂ©ritable et comme le dit mon maĂźtre et ami AndrĂ© Riehl, pratiquant et enseignant de la non-dualitĂ© dans le tantrisme shivaĂŻte du Cachemire (NidrĂą Yoga), « toute activitĂ© qui n’a pas pour but de rĂ©duire la sĂ©paration ne mĂ©rite pas de s’appeler Yoga ».

Contrairement au Yoga classique issu des Ă©crits vĂ©diques (les Yogas sutras de Patanjali) il ne s’agit pas dans le shivaĂŻsme du Cachemire d’Ă©liminer le moi (aussi appelĂ© ego) – tĂąche bien impossible d’ailleurs – mais simplement de lui donner la place qu’il mĂ©rite, et pas davantage : le moi permet de fonctionner dans le monde, d’avoir une famille, un mĂ©tier, une occupation, des relations, des intĂ©rĂȘts, et de gagner sa vie et d’Ă©tablir un sain rapport au pouvoir, Ă  l’argent et Ă  la sexualitĂ© (vastes sujets d’enquĂȘte personnelle) mais il doit rester Ă  sa place, il ne doit pas prendre le dessus.

La pensĂ©e logique dĂ©cortique, analyse, Ă©claire, comprend. Le petit moi doit ĂȘtre guidĂ© par le Soi unifiĂ© qui tient les rĂȘnes de la charrette (le cocher) et qui rappelle sans cesse les vraies questions Ă  se poser : quelles sont les motivations profondes de mes actions, de mes paroles et de mes pensĂ©es ? Ce travail de purification est essentiel pour avancer sereinement sur la voie non-duelle, celle qui perçoit le monde reliĂ© Ă  sa source comme unitĂ© et aussi Ă  travers le prisme de ses fragmentations : aucune des manifestations de l’Énergie dans toutes ses formes de crĂ©ation n’est rejetĂ©e, on l’observe simplement comme l’une des diverses expressions de la Conscience divine. C’est simplement la Conscience unifiĂ©e en soi qui observe la diversitĂ© des formes extĂ©rieures (ainsi que les fragmentations de l’ĂȘtre intime), et tente de les voir comme Ă©manant d’une mĂȘme source.

FrĂ©quenter les grands saints et les lieux oĂč ils ont vĂ©cu aide Ă  aborder ce processus et Ă  se laisser pĂ©nĂ©trer de ce ressenti. Au bord du Gange, la grotte du sage Vashishta (voir Ă©pisode prĂ©cĂ©dent) rayonne de bĂ©atitude, ouvrant une brĂšche par laquelle peut se faufiler la lumiĂšre… et l’on peut avoir un Ă©clair de sa propre nature immuable, et discriminer entre ce qui est immuable et ce qui est changeant ou transitoire (actions, affects, pensĂ©es, position sociale, Ă©nergie…)

AndrĂ© le transcrit Ă  peu prĂšs ainsi : « Il n’y a rien qui ne vous appartienne : ni votre corps (amas de particules) ni vos pensĂ©es (communes Ă  toute l’humanitĂ©). ArrĂȘtez de vous « prendre pour quelqu’un » de spĂ©cial et regardez plutĂŽt comment tout cela fonctionne… » Vivre ici et maintenant cette rĂ©alitĂ© produit une disparition de l’existence personnelle (telle qu’on la dĂ©finit habituellement) et permet l’avĂšnement d’une autre certitude : celle d’ĂȘtre, de contenir en soi TOUT le mouvement mĂȘme de la Vie : c’est l’avĂšnement de moksha, la libĂ©ration intĂ©rieure.

Nous sommes semblable au Vivant, nous SOMMES l’ensemble du Vivant. Ainsi, advient la compassion pour les autres ĂȘtres humains, pour les bĂȘtes, pour les vĂ©gĂ©taux, pour le minĂ©ral, la nature, les grands espaces, les ocĂ©ans, les forĂȘts, tout cela respire, bouge, Ă©volue, Ă  des rythmes et selon des cycles diffĂ©rents, mais tout cela est vivant et nous sommes aussi tout cela.

Le but de la vie est de se souvenir de notre vraie nature, de rĂ©aliser cette VĂ©ritĂ©. Je suis ce qui demeure lorsque le brouhaha du monde s’Ă©teint.

Nous sommes donc invitĂ©s Ă  nous Ă©loigner de tout ce qui est illusoire (le dĂ©tachement), et chercher Ă  l’intĂ©rieur ce qui est immobile, Ă©ternel, immortel, complet, paisible et silencieux.

Faut-il ĂȘtre un ascĂšte pour vivre cela ?

Les dĂ©marches du Yoga ont toutes pour point commun de viser la libĂ©ration en portant l’attention sur les sentiments, la pensĂ©e, l’action, les affects, l’Ă©nergie, bref tout ce qui constitue le fonctionnement et l’activitĂ© de l’ĂȘtre humain. Elles nous donnent les clĂ©s pour agir, pour changer les codes qui nous font fonctionner, et vivre enfin ce qui est, profondĂ©ment, notre Ă©tat naturel.

Le Yoga classique, Ă  l’origine rĂ©servĂ© Ă  la caste des brahmanes, propose des voies d’ascĂ©tisme, c’est Ă  dire de renoncement et de retrait du monde, similaires Ă  ce que nous appelons en occident la vie monastique ou la vie d’ermite. Les voies du yoga classique ont pour bible les Yoga Sutras (aphorismes) codifiĂ©s par Patanjali. Ces voies sont au nombre de quatre : le bhakti yoga (dĂ©votion), le jñana yoga (connaissance transcendantale par l’intellect), le karma yoga (service et action dĂ©sintĂ©ressĂ©e) ou le raja yoga (voie royale qui associe les trois autres et la mĂ©ditation); ce sont des voies « hors du monde » et elles impliquaient traditionnellement un dĂ©tachement de la famille et des biens de ce monde.

Le yoga tantrique approche la connaissance de l’illimitĂ© par le monde limitĂ© des formes et des sens. Il propose donc de s’immerger dans le monde : c’est la « voie du monde » des Tantras (textes trĂšs anciens traitant de la libĂ©ration d’Ă©nergie et expansion de la conscience). L’adepte du Tantrisme (shivaĂŻsme du Cachemire ou kundalini) participe donc au monde, peut avoir une famille, un mĂ©tier, des activitĂ©s ordinaires, et il en fait un objet d’Ă©tude et de curiositĂ© constantes : Ă©tude du monde extĂ©rieur et du monde intĂ©rieur. Il observe sans rien dĂ©sirer ni rejeter, de maniĂšre Ă  la fois dĂ©tachĂ©e et englobante, comprenant qu’il est Ă  la fois tout cela aussi.

Tout en Ă©tant dans le monde, le yogi tantrique, conscient des limites du monde matĂ©riel, cĂ©lĂšbre toutes ses formes mais demeure dĂ©tachĂ© des aspirations habituelles : succĂšs, famille, accomplissements, rĂ©ussite, argent, bonheur. C’est le prix de sa libĂ©ration intĂ©rieure, une qui procure, au-delĂ  des fluctuations de ces manifestations mondaines, une vraie Joie, profonde et durable. Il peut donc rĂ©aliser sa vraie nature, tout en participant aux choses de ce monde.

Cela ne signifie pas qu’il n’agisse pas dans le monde, mais ses actions sont motivĂ©es non par les aspirations habituelles du moi (qui Ă©manent de l’aviditĂ©, de l’ignorance et tendent Ă  causer de la souffrance par leur propension Ă  la violence et la domination) mais par la clartĂ© limpide de sa vision lumineuse des choses et de leur rĂ©alitĂ©.

Le tantrika reconnaĂźt et voit le divin en toute choses, sous toutes ses manifestations, que ce soient les pensĂ©es, la nature, les autres humains, la sexualitĂ© (d’oĂč le grand malentendu en Occident sur la voie tantrique rĂ©duite Ă  ce seul aspect). Il n’y a pas de tabou par rapport au plaisir sensuel ou Ă  l’argent.

Épilogue

Finalement, au lieu d’un Dieu, figure extĂ©rieure qui juge ou qui accorde ses grĂąces, le pressentiment de l’Ă©ternel peut ĂȘtre perçu et cultivĂ© de l’intĂ©rieur de soi.

Au lieu de me dire que je ne suis rien, que je suis pĂ©trie de pĂ©chĂ© et que je dois sans cesse faire contrition, les philosophies indiennes me disent que je suis une parcelle de l’Absolu, et que je peux faire vivre et grandir ce sentiment en moi.

Au lieu de m’imposer l’humilitĂ©, on la laisse grandir en moi par le fait naturel de ma rĂ©alisation.

PlutĂŽt qu’un rituel un peu dogmatique, perpĂ©tuĂ© par des prĂȘtres en ma faveur, on me dit que je peux prendre ma vie spirituelle en main et rejoindre cet Ă©ternel dont j’ai l’intuition profonde.

PlutĂŽt qu’un Dieu inaccessible, pour lequel j’ai besoin de l’intercession de l’Église et des prĂȘtres, on me donne une mĂ©thode et des pratiques, pour atteindre par moi-mĂȘme le sacrĂ©.

Ne doit-on pas chercher par lĂ  les raisons du dĂ©sintĂ©rĂȘt pour les Ă©glises de chez nous, et l’engouement pour les voies mystiques orientales ?

L’Église a-t-elle Ă©tĂ© mal comprise, ou s’est-elle imposĂ©e en institution, pour garder le contrĂŽle sur les masses de fidĂšles ? Au fond, oĂč ce pouvoir semble-t-il encore le plus Ă©tabli : en Inde, oĂč les voies du Yoga permettent Ă  chacun d’Ă©tablir une relation directe au divin, ou en Occident, oĂč le pouvoir de parler Ă  Dieu semble rĂ©servĂ© aux Ă©lites religieuses ?

Il y a un chemin personnel vers Dieu… Vivre Dieu, vivre le sacrĂ©, c’est sans doute, par quelques moments magiques aux pieds de figures rayonnantes, ce qu’il nous a Ă©tĂ© donnĂ© de vivre durant ce voyage : dans la grotte de Vashishta sur un coude du Gange entourĂ© de montagnes ; Ă  l’ermitage de Masteram Dev, saupoudrĂ© d’or par le soir qui tombe ; au samadhi (tombeau) de Lahiri Mahasaya Ă  Haridwar, dans les divers lieux oĂč vĂ©cut Ma Anandamayi ; lors des pujas – cĂ©rĂ©monies de recueillement et de gratitude pour l’abondance, offrandes au feu, des aratis – cĂ©lĂ©brations et offrandes Ă  la dĂ©esse du Gange, garante de la vie, des satsangs – enseignements et moments de partage par la discussion ou par le chant de mantras… toutes ces opportunitĂ©s qui nous ont Ă©tĂ© donnĂ©es d’entrer en contact avec le chant du cƓur, resteront gravĂ©es dans ma mĂ©moire comme des moments ayant imprimĂ© – encore plus fort – dans mes cellules la ferveur et la soif d’absolu.

L’Inde terre de contrastes nous a pris Ă  la gorge et secouĂ©s comme dans un lave-linge Ă  essorage 1.000 tours. Au milieu de toutes ces impressions sensorielles, odeurs, bruits, sons, saletĂ©, douceur de la soie et du cashmere, goĂ»ts Ă©picĂ©s ou hyper-sucrĂ©s, couleurs vives et contrastes violents, chatoiement des pierres et des bijoux, silhouette hiĂ©ratique des temples et des statues – tout est manifestation du sacrĂ©, qui parfois se rĂ©vĂšle, dans un instant miraculeux de paix, suspendu dans un temps arrĂȘtĂ©. L’Inde y ajoute cet aspect dĂ©votionnel, tout acte Ă©manant du cƓur par amour du sacrĂ©.

texte et photo (c) D. Marie 2024

photos de couverture et du milieu : Afrique du Sud, Cape of Good Hope

Merci à André Riehl pour ses enseignements lumineux et son accompagnement bienveillant dans ce magnifique voyage vers la connaissance de soi.

Merci Ă  toute la lignĂ©e des sages et saints maĂźtres Udasin transmetteurs de la tradition : Chandra Swami, Baba Buhman Shah, Udasinacharya…

Également sources d’inspiration pour cet article :

L’Approche du Divin, livre de Chandra Swami :

Documentaire sur Yogananda :

et blog sur la non-dualité : https://www.yay-yoga.com/yoga-et-savoirs/advaita-vedanta-2/

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À suivre …

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