Le monde est fait d’opposés : le bien et le mal, l’harmonie et la violence, l’oiseau qui chante et le vrombissement de l’autoroute qui assomme. Appréhender la dualité du monde phénoménal [voir l’article 2/3 sur la non-dualité] est une évidence : l’accepter tel qu’il est c’est comprendre qu’il n’y a d’unité et de perfection que dans la Source. Et que toutes ces manifestations émanent du même Amour.
La vision du monde cosmogonique hindoue, avec ses grands cycles d’expansion, de stagnation et de rétraction de l’univers (manvantara), rejoint au fond les théories d’astro-physique sur le Big Bang, l’expansion de l’univers et dit-on maintenant, sa possible rétraction… L’univers respire comme nous respirons à son image : inspir, force d’expansion, de création, de vie, enthousiasme, ouverture ; rétention poumons pleins, plénitude, stagnation, silence, zénith ; expir, lâcher-prise, acceptation de la mort, dissolution, abandon ; rétention poumons vides : attente, vide, éternité, germe.
Ainsi la source de l’univers correspondrait-elle à la Conscience ? Et l’éloignement de la Source (kali yuga) ou moment maximal de l’expansion correspondrait alors à l’éloignement de Dieu que nous vivons actuellement (avec des fréquences vibratoires ralenties et de plus en plus basses) : la banalisation de la matérialité au détriment de la Conscience et l’éloignement du sacré. La Source serait donc Conscience (à l’origine) et la matière serait Énergie. Dieu serait-il alors le trou noir à l’origine de la création ? Ou, en d’autres termes, serait-il la lumière hyper-compressée qui jaillit de ce trou noir ?
Notre travail, selon les traditions spirituelles, est de prendre conscience de cette lumière et de chercher à retourner à sa source (voir Yogananda dans l’article 2/3, la vie sur terre n’est qu’un film projeté sur un écran, il n’existe qu’un but : rejoindre la source lumineuse…) ; avoir la foi qu’ultimement on y retourne (peut-être les aurores boréales, entrevues un peu partout dans le monde récemment, sont-elles venues nous rappeler qu’à l’origine, tout est lumière… et qu’il y a une source de lumière, au-delà de nos ampoules électriques…) Et c’est enfin de rechercher activement le reflet de cette source en nous, et le sentiment d’union que cette lumière projette en nous : ce sentiment que nous avions à l’origine et dont il nous reste quelques réminiscences, dans les moments heureux où nous nous sentons ré-unis, tandis que dans les moments malheureux nous nous sentons morcelés, fragmentés, déconscientisés.
Finalement la théorie de la Conscience unifiée d’où émane tout le vivant rejoint celle du Big Bang : nous serions tous des parcelles de cette Conscience, disséminées dans un univers, par son expansion devenu spatial et qui, en instituant l’Espace, a aussi créé le Temps.
Aujourd’hui le dieu wifi, omniprésent, a remplacé le sens du sacré… il est essentiel de se souvenir de la source et se maintenir dans des énergies vibratoires élevées. C’est précisément ce que permet la dévotion, ou la prière (voir article 3/3).
« Créez une église en vous-même ! « disait à ses élèves Yogananda, le premier gourou indien à avoir eu un impact profond sur la bonne société bien-pensante californienne. Par des techniques de respiration et de purification (kriyas), par la méditation et la reprogrammation du cerveau (neuroplasticité), il leur enseignait comment établir et entretenir, loin des temples et des églises, une relation personnelle avec Dieu.
Par la prière, ou la connection au sacré, au mystère (voir l’épilogue de l’article 2/3) Dieu au lieu d’être une figure extérieure, qui juge ou qui accorde ses grâces, est ancré en moi, dans la matière et dans l’immatériel, dans mon cœur, ma colonne vertébrale, ma tête. Dieu, ou le pressentiment de l’éternel, devient par la prière silencieuse, une manière d’être au monde, libre, aimante.
« Même si je me plains un peu, disait son cœur, c’est seulement que je suis un cœur d’homme, et les cœurs des hommes sont ainsi. Ils ont peur de réaliser leurs plus grands rêves, parce qu’ils croient ne pas mériter d’y arriver, ou ne pas pouvoir y parvenir. Nous, les cœurs, mourons de peur à la seule pensée d’amours enfuies à jamais, d’instants qui auraient pu être merveilleux et qui ne l’ont pas été, de trésors qui auraient pu être découverts et qui sont restés pour toujours enfouis dans le sable. Car, quand cela se produit, nous souffrons terriblement, pour finir. (…)
– Mon cœur craint de souffrir, dit le jeune homme à l’Alchimiste, une nuit qu’ils regardaient le ciel sans lune.
– Dis-lui que la crainte de la souffrance est pire que la souffrance elle-même. Et qu’aucun cœur n’a jamais souffert alors qu’il était à la poursuite de ses rêves, parce que chaque instant de quête est un instant de rencontre avec Dieu et avec l’Éternité.
Alors, son coeur demeura en paix tout un après-midi durant. Et cette nuit-là il dormit calmement. Lorsqu’il s’éveilla, son cœur commença à lui raconter des choses de l’Âme du Monde. Il dit que tout homme heureux était un homme qui portait Dieu en lui. Et que le bonheur pouvait être trouvé dans un simple grain de sable du désert, comme l’avait dit l’Alchimiste. Parce qu’un grain de sable est un instant de la Création, et que l’Univers a mis des millions et des millions d’années à le créer.(…)
Le jeune homme, de ce jour, entendit son cœur. Il lui demanda de ne jamais l’abandonner. Il lui demanda de se serrer dans sa poitrine lorsqu’il serait loin de ses rêves, et de lui donner le signal d’alarme. Et il jura que, chaque fois qu’il entendrait ce signal, il y prendrait garde. »
« Il ne faut pas regarder longtemps ni beaucoup autour de soi pour constater les répercussions désastreuses de l’âge du bruit sur la vie profonde de l’homme. Emporté par le tourbillon des affaires, captif de tout un univers de réalisations techniques, l’homme se voit coupé de Dieu et du monde spirituel. Non in commotione Dominus, Dieu n’est pas dans l’agitation. Pour Le trouver, pour Le rencontrer, il faut le calme, il faut, en nous, le silence de certains sens. S’il veut parler, sa voix, discrète et ténue, se perd dans le tapage de notre vie quotidienne ; ou bien le bruit, les rumeurs qui peuplent notre mental (de tout genre et de tout ordre) ne lui permettent pas d’atteindre au tréfonds de nous, ce lieu secret qu’on appelle « cœur », témoin de la plus auguste, de la plus vraie de nos vies : celle que l’on nomme ‘intérieure’, ou encore ‘spirituelle’.
(La Voie du Silence, Yogin du Christ, Dom Jean Déchanet)
Déjà en 1956 apparaissait-il évident à ce moine bénédictin intéressé par les voies du yoga, à quel point l’homme occidental s’éloignait de l’expérience religieuse, de la vie mystique : « Dieu paraît devenu lointain. S’est-il éloigné des hommes, ou les hommesse prêtent-ils moins à ses approches et à ses visites? » Pour lui, qui s’interrogeait sur un éventuel yoga chrétien, l’Orient pouvait nous apprendre à retrouver le chemin de Dieu, par les techniques de maîtrise des pensées et du psychisme, et l’établissement dans une paix profonde et durable. Encore fallait-il que le hatha yoga soit connu sous sa véritable forme, c’est à dire non pas réduit à de simples exercices de gymnastique et « détourné de sa fin première, religieuse, spirituelle », mais bien « un yoga qui ouvre largement sur Dieu ».
Il cite Hans Urs von Balthasar , du livre La Prière contemporaine qui rappelle le sens de la prière, ou de la dévotion, c’est à dire réaliser la pleine nature du sacré qui est hors du temps, hors de l’espace : « Beaucoup de chrétiens ne comprennent pas que la réalité du Royaume de Dieu est éternelle, qu’elle n’appartient pas au temps ou à l’avenir. Ce dont nous appelons la venue dans nos prières n’est pas quelque chose qui n’est pas encore et que nous devions faire entrer dans nos existences, comme nous le faisons pour d’autres valeurs temporelles et spirituelles, il s’agit du réel éternel. La réalité offerte à la contemplation, c’est l’éternelle réalité du Royaume de Dieu, et c’est par la contemplation qu’elle devient réalité dans le temps, pour les hommes et pour le monde. »
La tête ou le cœur ?
La complétude et l’infini du sacré ne peuvent pas être perçus par la pensée ; c’est l’expérience seule du cœur qui peut permettre d’appréhender, par petites bribes (ou en grosses bouchées !), cette réalité, pour qu’elle devienne de plus en plus prégnante et finisse pas prendre chair dans notre vie.
Chandra Swami, le grand sage Udasin, parle de la réflexion métaphysique (sur la nature de ce monde, la matière, la vie et le mental, l’âme et l’Esprit, Dieu, l’homme et le monde…) comme une pratique utile pour avancer sur la voie spirituelle. Néanmoins, elle est moins importante que l’expérience directe du sacré, dans le cœur : « il est évident que Dieu ne peut devenir la proie de l’intellect, aussi brillant et pénétrant soit-il. Toutes les Écritures révélées et tous les Maîtres spirituels déclarent d’une voix unanime que Dieu ne peut être vu ni par les sens ni par le mental… »
C’est bien ce que signifient les Upanishads lorsqu’elles stipulent que Brahman est Cela qui ne peut être exprimé par la parole, compris par le mental, ni vu par les yeux ou entendu par l’oreille, ni encore mû par le prana (force vitale).
Comme le véritable objectif n’est pas de connaître des concepts théologiques sur Dieu, mais bien de Le connaître par l’expérience directe, Chandra Swami ajoute que pour l’accomplissement spirituel, on doit pratiquer la dévotion, la contemplation et le service désintéressé : c’est à dire, faire un usage optimal de toutes ses énergies, à savoir l’énergie de la connaissance (jñana shakti), l’énergie des émotions et des sentiments (bhava shakti) et l’énergie de l’action (kriya shakti).
Lien entre dévotion et service désintéressé
L’Inde est connue pour ses dévots; non seulement la dévotion des ermites, des grands chercheurs d’absolu et des moines est exemplaire, mais aussi celle de l’Indien moyen, qui vit et travaille et a une famille dans le monde ordinaire, et passe ses vacances en pèlerinage dans les lieux saints.
Dans nos sociétés occidentales, qui sont à l’origine du mondialisme matérialiste qui fait le malheur du monde, on a tendance à trouver cela un peu risible – à part quelques chrétiens justement appelés dévots, que l’on affuble de l’étiquette « traditionalistes » et qui sont souvent montrés du doigt comme réactionnaires.
Or, la même société bien-pensante qui se targue d’être l’icône du progrès, qui prône la tolérance, l’ouverture aux autres, l’égalitarisme et le partage, ne s’aperçoit pas que ses valeurs-là sont le mieux défendues, non pas dans les apparences par de beaux discours, des réglementations et des structures, mais au niveau de chaque être par l’aptitude du cœur, recueilli et humble, à donner le meilleur de soi-même au service désintéressé des autres ou de la société. C’est de là, et de là seulement, que peut partir le vrai changement.
Citons encore Chandra Swami : « La forme extérieure et le résultat visible d’une action sont sans importance. Le service désintéressé nourrit la vie de l’Esprit tout autant que la méditation, la concentration spirituelle ou l’adoration de Dieu. » Le service désintéressé prend appui sur la contemplation : « grâce à la contemplation, nous nous ouvrons à ce qui est éternel et intemporel ; et, par le service désintéressé, nous accomplissons ce qui est considéré comme vertueux d’un point de vue temporel. (…) Sans une profonde méditation spirituelle, le service ne peut devenir totalement désintéressé, parce que, l’ego restant tapi à l’arrière-plan, nous finissons toujours par attendre une récompense. »
La dévotion au quotidien
Les Indiens m’ont appris la dévotion. Je suis abasourdie de leur capacité à se mettre à genoux devant une figure, une statue, voire même la photo ou le simple souvenir de quelqu’un qu’ils révèrent. Leur capacité à se défaire de tout orgueil ou fierté, de toute haute image de soi que la société de consommation cultive et encourage tant (le culte du corps, la projection égotique sur les réseaux sociaux…), et à s’incliner devant plus grand que soi, devant le Mystère, leur confère sans doute une grande force et un grand avantage sur nous.
L’humilité est à la base de la dévotion : on reconnaît que l’on est tout petit devant les splendeurs du monde et l’on s’incline devant son Créateur. Encore faut-il croire en l’existence d’un Créateur.
Chandra Swami nous en parle aussi dans son ouvrage L’Approche du Divin : pour lui, la preuve de l’existence de Dieu est indiscutable, car elle réside dans la Conscience : « Dieu demeure en nous : Il est notre véritable Soi. L’existence du Soi est évidente ; a-t-elle besoin d’être prouvée ? Le sentiment le plus immédiat de chacun, « Je suis », n’est pas une illusion mais une expérience réelle et intuitive.«
« Il est impossible d’expérimenter « Je ne suis pas »… »
« Ceux qui considèrent la Conscience comme un produit de la matière, issu d’un composé carbonique, ou un simple équilibrage mécanique d’éléments chimiques et d’énergie physique ne font, pour ainsi dire, que jouer avec des niveaux superficiels de l’existence. Ils sont non seulement privés des intuitions profondes de l’Être intérieur, mais également des plus hauts élans de la pensée rationnelle. Nos amis rationalistes devraient être un peu plus rationnels. Comment la matière peut-elle ressentir plaisir et douleur ? Est-il possible que la matière puisse, par une quelconque transformation, se percevoir, se connaître et s’auto-contrôler ? »
« Située au cœur de l’intuition spirituelle, la Conscience est absolue. Elle est Purna, c’est à dire Plénitude. De plus, étant parfaite, la Conscience doit être essentiellement de même nature que la Béatitude infinie ou être infiniment emplie de Béatitude, parce que c’est le sentiment d’une limitation de la Conscience qui engendre l’absence de félicité. La Conscience libre de ce sentiment de limitation n’est rien d’autre que la Béatitude. Par conséquent, le Seigneur est synonyme d’Existence Absolue, de Conscience Absolue et de Félicité Absolue. »
Le Seigneur prend refuge dans notre cœur et par le cœur, nous sommes en Lui. Nous pouvons Lui demander de l’aide pour qu’il nous accorde sa grâce, Kripa, pour demeurer constamment en sa présence, par la présence du cœur. Ce n’est pas une image ou un concept. Habiter son cœur apporte une plénitude, c’est remplir le vide d’une vibration particulière que le mental ne sait pas provoquer. Cela libère de tous les soucis et ramène dans le fameux ici et maintenant.
Baser toutes nos pensées, nos actions, nos réflexions dans le cœur est un réflexe que nous avons peu. C’est très difficile de s’y maintenir car tout nous appelle dans la tête : l’agitation du monde, le besoin de survie et d’accomplissement, les tentations matérielles et l’illusion d’un bonheur fugace, les principes, les règles, la cérébralisation, la mentalisation des choses, les toujours faire, les toujours plus …
Cela demande d’être vigilant et prendre constamment du recul, se repositionner en conscience dans le cœur. Pourtant, c’est une discipline non seulement payante – car elle apporte le seul refuge absolument sûr – mais impérative pour survivre dans notre monde de fous : sinon le désespoir ou le stress, le burn-out nous guettent. Dans le cœur il n’y pas de risque, tout est préservé.
Le cœur est le seul refuge et le juge impartial et équanime. C’est par le modèle des Indiens, à force de les côtoyer, d’étudier le yoga et la philosophie védantique, et de m’intéresser à la vie des grands sages et saints de l’Inde et d’Occident, et aussi par le modèle de quelques êtres proches, que je me suis rendue compte que c’est la seule manière de vivre. Ces figures saintes et sages, même si elles ne sont plus là, nous montrent le chemin, sont nos repères.
Prendre ancrage fermement dans le cœur offre un feu d’artifice de chaque instant; la vie devient joyeuse et légère. Certes, cela peut, sans doute, réduire nos élans vers le champ des possibles et les multiples potentialités de notre vie (qui de toutes façons nous donneraient le tournis) – car l’élan vers quelque chose d’autre provient souvent de l’insatisfaction, et un cœur satisfait ne cherche plus ailleurs. En revanche cela ouvre un vaste espace intérieur de reliance au sacré qui nourrit, qui rassure, qui est à la fois père et mère et ange gardien, et crée une aura de protection autour de nous.
D’autres perspectives de vie se profilent, d’une autre nature, et en suivant ces pistes, nous nous sentons des ailes, tout devient facile, tout semble se faire de soi-même. Cela nous permet d’être vraiment incarné et vibrer d’une qualité de présence qui va rayonner autour de nous et nous protéger de tout ce qui est toxique ou nocif, car c’est une vibration d’amour qui ne laisse entrer que ce qui est Amour.
C’est en cela sans doute que la voie du Nidrâ yoga dans la tradition shivaïte du Cachemire est surnommée parfois voie du ressenti, car ce qui se transmet dans l’enseignement ce ne sont pas tant des connaissances que l’approche et l’accueil de cette vibration d’amour inconditionnel.
Par les images des grands saints, par la visualisation de scènes sacrées, par la réflexion sur les textes de sagesse et la dévotion au Seigneur, et surtout avec l’affermissement de la confiance et de la foi, on peut ressentir cet amour dans le cœur, qui vibrillonne. Les saints, les maîtres, les guides spirituels, les anges gardiens, peuvent aussi faire une apparition dans notre tête et nous guider sous forme d’une inspiration, d’une décision intuitive, d’une clarté. Cela va automatiquement nous mettre au service de cet Amour et guider notre vie différemment.
« Le monde ne peut être transformé ni par de simples discours ni par de vains sermons. Seuls, des Êtres réalisés dotés de la Connaissance, éveillés et maîtres d’eux-mêmes, peuvent amener une transformation du monde lorsqu’ils entrent dans le champ de l’action. »
Profonde gratitude à André Riehl et aux lignées des grands maîtres qui me guident à travers lui: Chandra Swamiji, Baba Buhman Shah, Udasinacharya pour les Udasin et aussi la lignée des Naths, pour leurs enseignements lumineux, transformateurs, libérateurs.
Je surfe encore sur les impressions indélébiles que ce voyage Aux Sources du Yoga a laissées en moi…. un grand merci à tous les participants du groupe et à l’univers pour cette expérience initiatique, un approfondissement bienvenu pour moi de l’aspect dévotionnel du chemin spirituel, inscrit dans le cœur, s’exprimant à partir du cœur.
Au cours de ce voyage, nous avons approfondi divers aspects de l’enseignement de la non-dualité (Advaïta Vedanta), en partant sur les traces de ces grands mystiques hindous, soufis, chrétiens ou d’autres origines qui l’ont pleinement réalisée. Je ne prétends pas ici refléter avec justesse l’ensemble de l’enseignement de la non-dualité, mais plutôt juste livrer les bribes de ma compréhension de cette antique philosophie qui induit une nouvelle approche de la vie, avec laquelle je vis depuis dix ans, en parallèle de trente années de pratique de hatha yoga et de méditation.
La non-dualité est une tradition issue des Vedanta (école de métaphysique indienne s’appuyant sur les grands textes sacrés : Upanishads, Veda, Bhagavad Gita…) qui tente de faire percevoir à l’individu que le moi n’est pas différent ou séparé du monde. Le moi sur lequel nous mettons tant l’accent pour nous définir, est en tout point semblable aux autres : c’est un agrégat de formes, de pensées, de mémoires, de sentiments et d’actions qui sont semblables dans leur nature à ceux des autres. Ce sont des manifestations transitoires de notre état d’être vivant, durant notre passage sur terre. Voir cela libère de notre orgueil d’être « différent ».
Cette doctrine enseigne aussi que le « Je » de « Je suis », le Je qui est Conscience, est semblable à Cela qui est immuable, qui est inchangé, et qui demeure au-delà du temps et de l’espace, avant la naissance et après la mort du corps. Le « Je » est une trace, un reflet de l’Absolu en nous.
La non-dualité repose sur l’équation entre atman (l’âme individuelle) qui est identique par sa nature au brahman, l’âme universelle ou la source. En d’autres termes, le Soi (le grand Soi ou la Conscience, pas le petit moi) n’est pas différent de l’Absolu, il est l’Absolu.
Ce nouveau regard permet de diminuer ou résorber le sentiment de séparation, donc les causes de souffrance ; tandis qu’entretenir voire renforcer l’illusion de la dualité font perdurer la séparation et la souffrance.
Quand l’être humain entretient-il ou fabrique-t-il de la dualité ?
L’être humain (qui aux origines était relié à brahman et conscient de sa nature illimitée) se prend au piège du mental et, dans la confusion ainsi crée, s’identifie (identifie le « je ») au corps physique et au mental.
Le mental est un outil qui permet d’appréhender le monde ; en réponse aux stimuli des organes sensoriels, il produit des modifications de l’esprit que l’on appelle vrittis (littéralement, vagues). Ces « vagues » apparaissent sous des formes diverses : pensées, raisonnement, concepts, imagination, décisions, émotions, sentiments, questions, comparaisons, souvenirs…
Or, le mental a une « maladie » : l’errance. « Tel un singe qui continue inlassablement de sauter de branche en branche ou d’arbre en arbre, le mental de l’homme ordinaire ne cesse d’osciller et de s’agiter. Volontairement ou non, il saute d’une idée à l’autre, d’un objet à l’autre, d’un endroit à un autre, ne trouvant nulle part où se reposer. Cette maladie du mental affecte l’homme dès sa naissance, et jusqu’à son dernier souffle. » (Chandra Swami)
Pour apaiser son trouble, le mental va rechercher la paix dans la mauvaise direction, dans les objets du monde phénoménal : il recherche l’illimité dans le limité…
La dualité naît de l’identification du « petit moi » intérieur nourri par la pensée divisante et les conflits (autrement dit l’ego, celui qui voit tout par rapport à lui-même) à ces « vagues » ; le « moi-je » (ahamkara) qui s’identifie à l’expérience intérieure ainsi qu’à certaines manifestations extérieures qu’il croit constituer son « identité » : la matière corporelle, les pensées, le statut social, la position dans la famille ou dans la société, la profession, la nationalité, la religion…
Toutes ces classifications sociales, économiques, religieuses, nous divisent en tant qu’êtres humains, au lieu de nous relier.
Le « religere » de religion était censé nous relier : mais en fait, comme le montre le grand philosophe hindou Jiddu Krishnamurti, les religions figées en dogmes et érigées en Vérité absolue divisent et séparent en voulant s’imposer chacune comme la seule Voie possible…
En outre, l’être humain continue à créer de la dualité (donc, une hiérarchie, donc, du conflit) lorsqu’il observe les faits du monde (actions, pensées, ses paroles et celles des autres) et qu’il les juge ou les discrimine, les désire ou les rejette : celle-là, bonne, celle-là pas bonne, ça j’accepte, ça je rejette…
Également, lorsqu’il se sent différent, meilleur ou supérieur, ou inférieur, et se compare aux autres êtres humains, ou qu’il cherche à affirmer sa différence, son unicité, sa particularité, imprimer sa marque, son pouvoir, sa domination.
Les humains agissent tous selon les mêmes schémas, réagissent aux mêmes affects; insister sur le « je suis moi, différent de l’autre » a produit des croyances qui ont donné le monde conflictuel tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Le mouvement de la création, qui aurait commencé il y a 13,8 milliards d’années, implique de minuscules particules qui composent l’univers et composent aussi la matière corporelle (à 4%), flottant dans un vide sidéral. Ces particules sont les mêmes depuis la création de l’univers, et toute la matière du Vivant en est constituée.
Nous avons aussi des mémoires communes, patrimoine génétique commun à toute l’humanité, et des mémoires différenciées mais qui dans leur nature se rejoignent : mémoires familiales, mémoires personnelles… mais là encore si nous les prenons pour constitutives de notre identité, elles ne peuvent que causer des conflits, car chacun sur la base de ses mémoires particulières cherchera à imposer son point de vue, sa manière de faire, etc.
Tout ce qui bouge, tout ce qui est changeant est jagrat : le monde extérieur et intérieur. Tout le mouvement du monde c’est maya : la valse illusoire, transitoire, qui peut produire la croyance que « je suis différent des autres ».
A l’inverse, l’être humain efface, ou réduit la dualité, lorsqu’il contemple et englobe tout sans discriminer, lorsqu’il aime inconditionnellement, est joyeux sans raison, se réjouit de la beauté et du bien, pour soi et pour les autres, respecte ses amis comme ses ennemis – tout ceci étant à la fois cause et conséquence d’un état de paix profonde.
Lorsqu’il contemple la réalité de notre même nature, il n’a plus rien à faire pour se relier aux autres, car il voit que nous sommes tous en réalité le lien. La nature du lien, c’est le témoin en nous qui observe.
Le yoga (de yug, union en sanskrit) rappelle et célébre cette reliance de tout le vivant, le liant qui donne sa saveur à la vie : la vérité se manifeste à la fois dans ses formes multiples et changeantes, éphémères, et à la fois dans le mouvement atemporel et permanent qui les sous-tend. L’observation silencieuse de ces processus crée une profondeur, une nouvelle dimension qui permet de se détacher de l’objet de l’expérience et dégage un espace de liberté intérieure.
Par la réflexion, les pratiques spirituelles et la méditation, nous devenons la conscience-témoin qui voit ceci : tout ce qui est, est Conscience.
La conscience en mouvement est l’existence, ou l’énergie ; la conscience au repos est la source.
Comment échapper à la dualité ?
« Grâce à une vie disciplinée, alliant le détachement à diverses qualités morales et à une pratique régulière de la contemplation, on peut assurément parvenir à concentrer le mental en un seul point. A long terme, l’effort sincère correctement guidé conduit immanquablement au succès. » (Chandra Swami)
La dualité naît de la fabrication du mental d’une identité illusoire à partir de tous les éléments extérieurs que nous venons de discuter. Par conséquent, à partir du moment où l’on constate ce processus et où l’on commence à purifier le mental de toutes ces fabrications, on enlève les « pelures d’oignon » qui recouvrent le véritable trésor, le cœur fondant de l’humain, la conscience que je suis une facette du Vivant : et donc, l’autre aussi l’est.
Et là je commence à me reconnaître en l’autre, et l’autre, peut-être, se reconnaît en moi…
La solution proposée par les voies non-duelles consiste à voir clairement cette réalité, à s’élever au-dessus de toute identification à des étiquettes ou des classifications ; se dégager du réflexe d’appropriation des expériences, des choses, des gens et des ressentis ; nettoyer les mémoires, individuelles et collectives – ce qui ne veut pas dire perdre les souvenirs de sa vie, mais se défaire de l’emprise qu’ils ont sur nous, sous forme d’automatismes, de schémas de pensée, de réaction, d’idées préconçues, bref tout ce qui nous détermine au lieu de nous libérer ; ne plus participer à la folie du monde créée par les conflits d’ego.
« Cherchez le veilleur à l’intérieur de vous, celui qui regarde toute cette folie en riant. » (Yogananda)
C’est donner moins de place au petit moi égotique et étriqué et faire place au Soi, celui en nous qui est illimité ; c’est devenir Un avec la Paix, la Joie, l’Amour.
C’est le but du Yoga véritable et comme le dit mon maître et ami André Riehl, pratiquant et enseignant de la non-dualité dans le tantrisme shivaïte du Cachemire (Nidrâ Yoga), « toute activité qui n’a pas pour but de réduire la séparation ne mérite pas de s’appeler Yoga ».
Contrairement au Yoga classique issu des écrits védiques (les Yogas sutrasde Patanjali) il ne s’agit pas dans le shivaïsme du Cachemire d’éliminer le moi (aussi appelé ego) – tâche bien impossible d’ailleurs – mais simplement de lui donner la place qu’il mérite, et pas davantage : le moi permet de fonctionner dans le monde, d’avoir une famille, un métier, une occupation, des relations, des intérêts, et de gagner sa vie et d’établir un sain rapport au pouvoir, à l’argent et à la sexualité (vastes sujets d’enquête personnelle) mais il doit rester à sa place, il ne doit pas prendre le dessus.
La pensée logique décortique, analyse, éclaire, comprend. Le petit moi doit être guidé par le Soi unifié qui tient les rênes de la charrette (le cocher) et qui rappelle sans cesse les vraies questions à se poser : quelles sont les motivations profondes de mes actions, de mes paroles et de mes pensées ? Ce travail de purification est essentiel pour avancer sereinement sur la voie non-duelle, celle qui perçoit le monde relié à sa source comme unité et aussi à travers le prisme de ses fragmentations : aucune des manifestations de l’Énergie dans toutes ses formes de création n’est rejetée, on l’observe simplement comme l’une des diverses expressions de la Conscience divine. C’est simplement la Conscience unifiée en soi qui observe la diversité des formes extérieures (ainsi que les fragmentations de l’être intime), et tente de les voir comme émanant d’une même source.
Fréquenter les grands saints et les lieux où ils ont vécu aide à aborder ce processus et à se laisser pénétrer de ce ressenti. Au bord du Gange, la grotte du sage Vashishta (voir épisode précédent) rayonne de béatitude, ouvrant une brèche par laquelle peut se faufiler la lumière… et l’on peut avoir un éclair de sa propre nature immuable, et discriminer entre ce qui est immuable et ce qui est changeant ou transitoire (actions, affects, pensées, position sociale, énergie…)
André le transcrit à peu près ainsi : « Il n’y a rien qui ne vous appartienne : ni votre corps (amas de particules) ni vos pensées (communes à toute l’humanité). Arrêtez de vous « prendre pour quelqu’un » de spécial et regardez plutôt comment tout cela fonctionne… » Vivre ici et maintenant cette réalité produit une disparition de l’existence personnelle (telle qu’on la définit habituellement) et permet l’avènement d’une autre certitude : celle d’être, de contenir en soi TOUT le mouvement même de la Vie : c’est l’avènement de moksha, la libération intérieure.
Nous sommes semblable au Vivant, nous SOMMES l’ensemble du Vivant. Ainsi, advient la compassion pour les autres êtres humains, pour les bêtes, pour les végétaux, pour le minéral, la nature, les grands espaces, les océans, les forêts, tout cela respire, bouge, évolue, à des rythmes et selon des cycles différents, mais tout cela est vivant et nous sommes aussi tout cela.
Le but de la vie est de se souvenir de notre vraie nature, de réaliser cette Vérité. Je suis ce qui demeure lorsque le brouhaha du monde s’éteint.
Nous sommes donc invités à nous éloigner de tout ce qui est illusoire (le détachement), et chercher à l’intérieur ce qui est immobile, éternel, immortel, complet, paisible et silencieux.
« Pour moi, la vie sur terre n’est qu’un film qui est projeté sur l ‘écran, tout est fait d’ombres et de lumière ; nous ne sommes rien d’autre que ça, la lumière et les ombres du Seigneur. Il n’existe qu’un seul but : rejoindre la source lumineuse. » (Paramahansa Yogananda)
Faut-il être un ascète pour vivre cela ?
« La tentation de se complaire dans les choses temporelles existe ; celle de les fuir totalement existe aussi. » (Chandra Swami, L’Approche du Divin)
Les démarches du Yoga ont toutes pour point commun de viser la libération en portant l’attention sur les sentiments, la pensée, l’action, les affects, l’énergie, bref tout ce qui constitue le fonctionnement et l’activité de l’être humain. Elles nous donnent les clés pour agir, pour changer les codes qui nous font fonctionner, et vivre enfin ce qui est, profondément, notre état naturel.
Le Yoga classique, à l’origine réservé à la caste des brahmanes, propose des voies d’ascétisme, c’est à dire de renoncement et de retrait du monde, similaires à ce que nous appelons en occident la vie monastique ou la vie d’ermite. Les voies du yoga classique ont pour bible les Yoga Sutras (aphorismes) codifiés par Patanjali. Ces voies sont au nombre de quatre : le bhakti yoga (dévotion), le jñana yoga (connaissance transcendantale par l’intellect), le karma yoga (service et action désintéressée) ou le raja yoga (voie royale qui associe les trois autres et la méditation); ce sont des voies « hors du monde » et elles impliquaient traditionnellement un détachement de la famille et des biens de ce monde.
Le yoga tantrique approche la connaissance de l’illimité par le monde limité des formes et des sens. Il propose donc de s’immerger dans le monde : c’est la « voie du monde » des Tantras (textes très anciens traitant de la libération d’énergie et expansion de la conscience). L’adepte du Tantrisme (shivaïsme du Cachemire ou kundalini) participe donc au monde, peut avoir une famille, un métier, des activités ordinaires, et il en fait un objet d’étude et de curiosité constantes : étude du monde extérieur et du monde intérieur. Il observe sans rien désirer ni rejeter, de manière à la fois détachée et englobante, comprenant qu’il est à la fois tout cela aussi.
Malgré tout il demeure peu impliqué : « ne vous occupez pas des affaires du monde » disait la grande sainte indienne Ma Anandamayi. « Priez et l’on s’occupera de vous. »
Tout en étant dans le monde, le yogi tantrique, conscient des limites du monde matériel, célèbre toutes ses formes mais demeure détaché des aspirations habituelles : succès, famille, accomplissements, réussite, argent, bonheur. C’est le prix de sa libération intérieure, une qui procure, au-delà des fluctuations de ces manifestations mondaines, une vraie Joie, profonde et durable. Il peut donc réaliser sa vraie nature, tout en participant aux choses de ce monde.
Cela ne signifie pas qu’il n’agisse pas dans le monde, mais ses actions sont motivées non par les aspirations habituelles du moi (qui émanent de l’avidité, de l’ignorance et tendent à causer de la souffrance par leur propension à la violence et la domination) mais par la clarté limpide de sa vision lumineuse des choses et de leur réalité.
Le tantrika reconnaît et voit le divin en toute choses, sous toutes ses manifestations, que ce soient les pensées, la nature, les autres humains, la sexualité (d’où le grand malentendu en Occident sur la voie tantrique réduite à ce seul aspect). Il n’y a pas de tabou par rapport au plaisir sensuel ou à l’argent.
Épilogue
Finalement, au lieu d’un Dieu, figure extérieure qui juge ou qui accorde ses grâces, le pressentiment de l’éternel peut être perçu et cultivé de l’intérieur de soi.
Au lieu de me dire que je ne suis rien, que je suis pétrie de péché et que je dois sans cesse faire contrition, les philosophies indiennes me disent que je suis une parcelle de l’Absolu, et que je peux faire vivre et grandir ce sentiment en moi.
Au lieu de m’imposer l’humilité, on la laisse grandir en moi par le fait naturel de ma réalisation.
Plutôt qu’un rituel un peu dogmatique, perpétué par des prêtres en ma faveur, on me dit que je peux prendre ma vie spirituelle en main et rejoindre cet éternel dont j’ai l’intuition profonde.
Plutôt qu’un Dieu inaccessible, pour lequel j’ai besoin de l’intercession de l’Église et des prêtres, on me donne une méthode et des pratiques, pour atteindre par moi-même le sacré.
Ne doit-on pas chercher par là les raisons du désintérêt pour les églises de chez nous, et l’engouement pour les voies mystiques orientales ?
L’Église a-t-elle été mal comprise, ou s’est-elle imposée en institution, pour garder le contrôle sur les masses de fidèles ? Au fond, où ce pouvoir semble-t-il encore le plus établi : en Inde, où les voies du Yoga permettent à chacun d’établir une relation directe au divin, ou en Occident, où le pouvoir de parler à Dieu semble réservé aux élites religieuses ?
Il y a un chemin personnel vers Dieu… Vivre Dieu, vivre le sacré, c’est sans doute, par quelques moments magiques aux pieds de figures rayonnantes, ce qu’il nous a été donné de vivre durant ce voyage : dans la grotte de Vashishta sur un coude du Gange entouré de montagnes ; à l’ermitage de Masteram Dev, saupoudré d’or par le soir qui tombe ; au samadhi (tombeau) de Lahiri Mahasaya à Haridwar, dans les divers lieux où vécut Ma Anandamayi ; lors des pujas – cérémonies de recueillement et de gratitude pour l’abondance, offrandes au feu, des aratis – célébrations et offrandes à la déesse du Gange, garante de la vie, des satsangs – enseignements et moments de partage par la discussion ou par le chant de mantras… toutes ces opportunités qui nous ont été données d’entrer en contact avec le chant du cœur, resteront gravées dans ma mémoire comme des moments ayant imprimé – encore plus fort – dans mes cellules la ferveur et la soif d’absolu.
L’Inde terre de contrastes nous a pris à la gorge et secoués comme dans un lave-linge à essorage 1.000 tours. Au milieu de toutes ces impressions sensorielles, odeurs, bruits, sons, saleté, douceur de la soie et du cashmere, goûts épicés ou hyper-sucrés, couleurs vives et contrastes violents, chatoiement des pierres et des bijoux, silhouette hiératique des temples et des statues – tout est manifestation du sacré, qui parfois se révèle, dans un instant miraculeux de paix, suspendu dans un temps arrêté. L’Inde y ajoute cet aspect dévotionnel, tout acte émanant du cœur par amour du sacré.
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texte et photo (c) D. Marie 2024
photos de couverture et du milieu : Afrique du Sud, Cape of Good Hope
Merci à André Riehl pour ses enseignements lumineux et son accompagnement bienveillant dans ce magnifique voyage vers la connaissance de soi.